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Ci dessous, plusieurs articles concernant le Revenu Citoyen Inconditionnel


Le Revenu d’Existence : gène du changement


Juin 99

Par Yoland BRESSON

Tandis que chaque année nous sommes collectivement plus riches, le nombre d'exclus ne cesse de s'accroître. Gangrenées par cette infection généralisée, nos sociétés parent au plus urgent, elles multiplient les conditions d'accès à l'assistance, comme un bricolage social dont la complexité bureaucratique nous aurait fait perdre le sens de l'humain. Nous ne cessons de " rafistoler ", comme si nous ne savions plus penser et créer du neuf à l'instar de nos prédécesseurs osant introduire des innovations sociales et fiscales majeures tels que, l'impôt progressif, la sécurité sociale, la TVA...., alors même que nous sommes engagés dans une mutation exceptionnellement profonde et rapide de nos modes de production.

Nous sommes maintenant capables de produire matériellement de tout, en trop, avec de moins en moins de main d'oeuvre. Nous avons vaincu la rareté matérielle, nous ne vendons plus ce qui est produit, nous ne produisons que ce que l'on vend.. Vient la révolution de l'immatériel où l'essentiel de la valeur d'échange est portée par l'information que véhicule l'objet ou la qualité de la relation qu'engendre le service.

Ce n'est plus la machine associée au travail élémentaire, "machinal ", répétitif, qui fait la production. C'est le "capital humain ", le savoir, l'intelligence, l'innovation, la créativité et l'initiative qui sont les forces motrices de l'économie. Elles exigent, pour rendre toutes leurs possibilités, la liberté, l'intermittence, le choix. Il nous faut libérer le travail du carcan de l'emploi. L'emploi qui est la forme du travail devenu marchandise enfermé dans le contrat unique, à durée indéterminée, rigidifié par une réglementation tatillonne, uniformisé dans ses rythmes, la norme du salariat..

Le neuf consiste à changer la distribution des revenus à sa source, d'instaurer un " Revenu d'Existence " inconditionnel, accordé à tout citoyen, par une mensualité égale pour tous, versée de la naissance à la mort, que chacun complète par des revenus d'activité, tirés de l'emploi salarié traditionnel ou de toute autre activité rémunérée.

Le gène du changement consiste à couper le lien exclusif emploi-revenu pour lui substituer un revenu parce qu'on existe, qu'on est reconnu membre de la communauté, potentiellement participant aux échanges et à la création des richesses, que l'on cumule avec des revenus d'activité lorsque cette participation potentielle devient effective.

Le revenu d'existence est économiquement justifié. Quelle que soit l'activité et les revenus qu'on en tire, les résultats dépendent du capital social matériel et humain dont nous héritons : les infrastructures, les savoirs, les réseaux d'information, la culture, la pratique des échanges... Tout revenu comporte deux parts, l'une fruit de ce capital social, jusqu'ici ignorée, l'autre, personnelle, dépendant des mérites, du travail et du capital appropriés. La part des richesses, produites et échangées, qui revient au capital social, aujourd'hui se mesure. C'est ce montant partagé également entre tous qui donne le montant du revenu d'existence..

Le revenu d'existence libère l'individu de l'assistance conditionnée, stigmatisante. Il le libère de l'emploi contraint et lui ouvre la dimension du travail choisi. La société se fonde sur la confiance que chacun va vouloir faire quelque chose de sa vie et même s'il le désire, se vouer à des activités non marchandes. La société se fonde sur une solidarité inconditionnelle, commune, une sécurité minimale assurée, sur laquelle chacun prend les risques de sa liberté.

Le revenu d'existence ouvre sur une société du choix, enfin accordé à tous. Le revenu d'existence va vraiment " changer la vie ".

Considérons un jeune ménage, qui hésite à satisfaire son désir d'enfants. Avec deux enfants, à 1800 francs, niveau actuel par personne, il perçoit inconditionnellement 7200 francs par mois. Comment ne pas mesurer le changement. Le choix enfin réel de poursuivre à deux une activité complète, ou que l'un des parents opte pour un temps partiel, ajoutant des revenus supplémentaires à une base assurée.

Considérons le lancinant problème des retraites, qui ne fait vraiment problème que parce qu'il est abordé dans le cadre du salariat dépassé faisant se succéder continûment, apprentissage ou études, activité régulière 40 ans durant, puis retraite. Fixons une norme de pleine activité, 40.000 heures sur la vie par exemple. Maintenons la retraite par répartition abondée par les cotisations sur les revenus d'activité. Laissons chacun libre d'étaler comme il le souhaite ou le peut ses 40.000 heures sans limite d'âge. Lorsqu'il aura satisfait à son contrat de pleine activité, à n'importe quel âge, il bénéficiera outre son revenu d'existence, d'un revenu de retraite, qu'il pourra encore comme il le souhaite, compléter par des revenus d'activités toujours soumis à cotisations. La fluidité résoudra un problème qui n'est que le produit de notre organisation salariale.

Chacun peut anticiper, dans sa propre vie les changements qu'induit le revenu d'existence et dont on pourrait multiplier les exemples. Certains pourtant, constatant les ravages actuels de l'exclusion, préfèrent envisager une allocation universelle suffisante, évaluée sur les besoins de l'existence, de l'ordre de 4000 francs par mois. Ils ajoutent que ce serait là, la version " de gauche ", tandis que le revenu d'existence calculé sur les ressources serait une version seulement libérale. Ils s'étonnent à peine que la même proposition est formulée à l'autre extrême par des tenants d'un libéralisme pur, revendiquant ce qualificatif. Or la cohérence est bien de ce coté. Car à 4000 francs par mois, pour tous, c'est 35% du PIB qui est distribué au titre du revenu inconditionnel, dés lors toutes les autres contributions protectrices deviennent trop coûteuses, trop pénalisantes pour la libre initiative. Chacun est considéré comme suffisamment pourvu pour se protéger individuellement grâce à l'offre d'assurance fournie par le marché. Finie la sécurité sociale collective, finie l'éducation nationale gratuite, fini le SMIC.... L'Etat ne doit plus assurer que la justice, la défense et l'ordre.

Le projet libéral de gauche consiste, au contraire, à fonder l'égalité libératrice par le revenu d'existence et à conserver une capacité à servir l'équité. Avec un revenu d'existence représentant la part des ressources héritées du capital social matériel et humain, on pense non l'urgence mais l'avenir. On ne pénalise pas l'initiative et la possibilité d'accroître la richesse commune par des revenus d'activités et l'on peut encore par prélèvements sur ces revenus perpétuer la sécurité sociale, en ayant bien séparé ce qui revient à la solidarité inconditionnelle par le revenu d'existence et ce qui revient à l'assurance collective contre les risques de la vie (santé et handicaps physiques et sociaux), sachant que la croissance régulière ne cessera d'accroître la valeur réelle du revenu d'existence.

Oui! on peut instaurer immédiatement le revenu d'existence en France, sans attendre l'accord ou la simultanéité avec nos partenaires européens.

Les modalités techniques d'introduction sont nombreuses. Elles différent selon leur capacité à améliorer la compétitivité et la croissance économiques. Ce qu'il faut retenir, c'est que loin d'être une utopie généreuse mais irréalisable, l'instauration du revenu d'existence est une novation immédiatement applicable, économiquement efficace, humainement libératrice et solidaire.

Oui! on peut même le penser à l'échelle planétaire.

L'aide française aux pays du tiers monde, particulièrement aux pays francophones représente des sommes qui excèdent souvent le montant de ce qui serait chez eux le revenu d'existence. Si, plutôt que sous les formes actuelles dont on connaît les lacunes, elle était distribuée à chaque citoyen adulte de ces pays directement perçue par les individus sous la forme d'un revenu d'existence, elle fixerait les populations, libérerait leurs capacités créatives, dynamiserait les économies locales et freinerait considérablement les flux migratoires, comme l'Alaska en fait l'expérience depuis qu'elle a institué un " basic income " semblable au revenu d'existence, alimenté par une partie de la rente pétrolière. La France n'a pas de pétrole, mais bien mieux et plus durable, elle possède un capital social matériel et humain qui lui fournit une rente, mesure de son revenu d'existence à partager pareillement entre tous les citoyens ayants-droit.

La proposition maintenant bien connue d'appliquer une taxe dite Tobin, sur tous les flux financiers internationaux qui ne cessent de croître avec la mondialisation, même d'un montant faible, de 1% par exemple, rapporterait 13 milliards de dollars par jour. Quand on sait que le seuil de pauvreté dans le monde est évalué à 1$ par jour et par individu, on mesure combien il serait possible d'assurer ce minimum aux 6 milliards d'êtres humains sur la terre, en laissant encore à l'organisme international collecteur les moyens supplémentaires d'une gouvernance mondiale redistributrice.

L'initiative française d'instaurer un revenu d'existence ne s'oppose pas aux règles communautaires européennes, si l'on en fait un droit civique et non un droit social. Mieux encore, plutôt que de chercher une trop difficile harmonisation fiscale et sociale, par des tâtonnements partiels, l'exemple de la France, étendu à l'Europe, permettrait de fonder le fameux " modèle social européen " sur un socle nouveau, uniforme et vraiment exemplaire pour le Monde

Yoland BRESSON.

Professeur d'économie. Faculté de Saint-Maur?. Université Paris12. Doyen de Faculté



TRANSVERSALES/SCIENCE-CULTURE a publié (n° 3, 3e trimestre 2002) un article d’André Gorz, considéré comme une autorité en matière d’économie, de politique et d’écologie (à quoi il faut ajouter un « essai expérimental sur soi-même », Le Traître, qui a compté dans les années 50, et en 1977 une œuvre de caractère philosophique, les Fondements pour une morale). Cet article montre comment le distributisme dépasse les contradictions du capitalisme/redistributisme et réalise les espérances exprimées chez de nombreux auteurs dont la générosité ne fait aucun doute mais qui en restent à l’énoncé de principes généraux dans le cadre d’une réforme du système.
A partir d’un exemple précis, le revenu inconditionnel d’existence, A. Gorz fait comprendre la différence entre le redistributisme (ou capitalisme ou économie de marché) et le distributisme (ou économie de partage).

Le texte de l’article, version quasi intégrale, est accompagné de commentaires entre crochets et en italique. Les notes de bas de page sont de l’auteur.


Pour un revenu inconditionnel suffisant


André Gorz

J’ai longtemps refusé l’idée d’un revenu social qui permette de « vivre sans travailler ». Et cela pour des raisons inverses de celles des disciples de Rawls pour lesquels « le travail » est « un bien » qui, au nom de la justice, doit être distribué équitablement. Non, le travail n’est pas « un bien » : c’est une activité nécessaire, exercée, à l’époque moderne, selon les normes définies par la société, à la demande de celle-ci et qui vous donne le sentiment que vous êtes capable de faire ce dont la société a besoin. Elle vous reconnaît, vous socialise et vous confère des droits par sa demande. Le « travail » vous tire ainsi de la solitude privée ; il est une dimension de la citoyenneté. Et il est plus fondamentalement (comme travail qu’on fait), au-delà de sa détermination sociale particulière, une maîtrise de soi et du monde ambiant nécessaire au développement des capacités humaines.

A mesure que le poids de sa nécessité diminue, l’équité exige à la fois qu’il diminue dans la vie de chacun et qu’il soit équitablement réparti sur tous. C’est pourquoi dans de précédents ouvrages, je voulais que la garantie à chacun d’un plein revenu soit liée à l’accomplissement par chacun de la quantité nécessaire à la production des richesses auxquelles son revenu donne droit : par exemple 20000 heures que chacun pourrait répartir sur toute sa vie en autant de tranches qu’il le souhaiterait, à condition que l’intervalle entre deux périodes de travail ne dépasse pas une certaine durée.

Cette formule, que je préconisais à partir de 1983, était cohérente avec la perspective de l’extinction du salariat et de la « loi de la valeur » : le revenu social garanti n’était plus un salaire.(1) Elle était cohérente avec l’appropriation et la maîtrise du temps. Mais elle n’était pas cohérente avec les perspectives et les changements introduits par le post-fordisme.

Je l’abandonne donc pour un ensemble de quatre raisons que voici.

¤ 1 ¤

Quand l’intelligence et l’imagination (…) deviennent la principale force productive, le temps cesse d’être la mesure du travail ; de plus, il cesse d’être mesurable. La valeur d’usage produite peut n’avoir aucun rapport avec le temps consommé pour produire. Elle peut varier très fortement selon les personnes et le caractère matériel ou immatériel de leur travail. Enfin le travail-emploi continu et payé au temps est en régression rapide. Il devient de plus en plus difficile de définir une quantité de travail incompressible à accomplir par chacun au cours d’une période déterminée.

¤ 2 ¤

L’inconditionnalité du droit à un revenu de base suffisant soulève des objections immédiates : ne va-t-elle pas produire une masse croissante d’oisifs vivant du travail des autres ? Ces autres ne vont-ils pas refuser de porter le fardeau de la nécessité et exiger que l’oisiveté soit interdite, le travail rendu obligatoire, sous la forme du workfare ou du service civil obligatoire « d’utilité sociale » ?

De nombreux partisans de l’allocation universelle, tant libéraux que socialistes, soulèvent ces objections. Mais ils rencontrent alors la difficulté suivante : quel contenu donner au travail obligatoire exigible en contrepartie de l’allocation de base ? Comment le définir, le mesurer, le répartir quand l’importance du travail dans l’économie devient de plus en plus faible ? Comment éviter, d’autre part, que le travail obligatoire ne concurrence et ne détruise une proportion croissante d’activités et d’emplois publics normalement rémunéré ?

Si l’on veut que l’allocation universelle d’un revenu de base soit liée à l’accomplissement d’une contre-prestation qui la justifie, il faut que cette contre-prestation soit un travail d’intérêt dans la sphère publique et que ce travail puisse avoir sa rémunération (en l’occurrence le droit à l’allocation de base) pour but sans que cela altère son sens. S’il est impossible de remplir cette condition et si l’on veut que l’allocation universelle serve au développement d’activités bénévoles, artistiques, culturelles, d’entraide, etc., il faut alors que l’allocation universelle soit garantie inconditionnellement à tous. Car seule son inconditionnalité pourra préserver l’inconditionnalité des activités qui n’ont tout leur sens que si elles sont accomplies pour elles-mêmes.

¤ 3 ¤

L’allocation universelle est le mieux adaptée à une évolution qui fait « du niveau général des connaissances la force productive principale » (2 ) et réduit le temps de travail à très peu de chose en regard du temps que demandent la production, la reproduction et la reproduction élargie des capacités et compétences constitutives de la force de travail dans l’économie dite immatérielle. Pour chaque heure, ou semaine, ou année de travail immédiat, combien faut-il de semaines ou d’années, à l’échelle de la société, pour la formation initiale, la formation continue, la formation des formateurs, etc. ? Et encore la formation elle-même est peu de chose en regard des activités et des conditions dont dépend le développement des capacités d’imagination, d’interprétation, d’analyse, de synthèse, de communication qui font partie intégrante de la force de travail postfordiste. Dans l’économie de l’immatériel, « le travailleur est à la fois la force de travail et celui qui la commande ». Elle ne peut plus être détachée de sa personne

¤ 4 ¤

Il y a plus. L’allocation universelle d’un revenu inconditionnel correspond le mieux à l’économie qui se dessine au-delà de l’impasse dans laquelle s’enfonce l’évolution actuelle. Un volume croissant de richesses est produit avec un volume décroissant de capital et de travail ; la production distribue par conséquent à un nombre décroissant d’actifs un volume décroissant de rémunérations et de salaires (redistribue aurait été plus pertinent, puisque les salaires dépendent d’un circuit de redistribution des bénéfices monétaires) ; le pouvoir d’achat d’une proportion croissante de la population diminue, chômage, pauvreté, misère absolue se répandent. La productivité rapidement croissante du travail et du capital entraîne un excédent de force de travail et de capital.

Wassily Léontieff résumait la situation par cette métaphore : « Quand la création de richesses ne dépendra plus du travail des hommes, ceux-ci mourront de faim aux portes du Paradis à moins de répondre par une nouvelle politique du revenu à la nouvelle situation technique ».(3)

Leontieff ne précisait pas à quelle nouvelle politique du revenu il pensait, mais Jacques Duboin avait déjà indiqué en 1931 la « porte de sortie », (plus tard : en 34-35 (4) ) et Marx en 1857, dans les Grundrisse que Duboin ne pouvait connaître (5) : « La distribution des moyens de paiement devra correspondre au volume de richesses socialement produites et non au volume du travail fourni. »

La distribution des moyens de paiement ne sera plus un salaire, mais ce que Duboin déjà appelait un « revenu social ». Celui-ci ne correspond plus à la « valeur » du travail (c’est à dire aux produits nécessaires à la reproduction de la force de travail dépensée) mais aux besoins, désirs et aspirations que la société se donne les moyens de satisfaire. Elle suppose la création d’une autre monnaie non thésaurisable, que Duboin appelle « monnaie de consommation ».(6)

Tel est de fait le sens de l’évolution présente. Elle rend caduque la « loi de la valeur ». Pensée jusqu’au bout de ses implications, l’allocation universelle d’un revenu social suffisant équivaut à une mise en commun des richesses socialement produites.

Allocation universelle n’est pas assistance

La garantie inconditionnelle à toute personne d’un revenu à vie aura toutefois un sens et une fonction foncièrement différent selon que ce revenu est suffisant ou insuffisant pour protéger de la misère.

- a - Destinée, selon ses partisans, à être substituée à la plupart des revenus de redistribution (7) (allocations familiales et de logement, indemnités de chômage et de maladie, RMI, minimum vieillesse, etc.…), la garantie d’un revenu de base inférieur au minimum vital a pour fonction de forcer les chômeurs à accepter des emplois au rabais, pénibles, déconsidérés (…). Il faut donc subventionner ces emplois en permettant le cumul d’un revenu social de base insuffisant pour vivre avec un revenu du travail également insuffisant

On créera de la sorte un « deuxième marché du travail » protégé contre la concurrence des pays à bas salaires mais aussi, bien évidemment, contre les dispositions du droit au travail, vouées à disparaître. Plus le revenu de base est faible, plus « l’incitation » à accepter n’importe quel travail sera forte et plus aussi se développera un patronat de « négriers » spécialisé dans l’emploi d’une main d’œuvre au rabais dans des entreprises hautement volatiles de location et de sous-location de services.

Le workfaire américain, légalisé fin juillet 1996 par le président Clinton, lie le droit à une allocation de base (le welfare) très faible et l’obligation d’assurer un travail « d’utilité sociale » non payé ou à peine payé à la demande d’une municipalité ou d’une association homo-loguée. Le workfare a de nombreux partisans en France ainsi qu’en Allemagne où des municipalités ont commencé à menacer les chômeurs de longue durée de leur supprimer l’aide sociale s’ils n’accomplissaient pas des tâches « d’utilité publique » (travaux de nettoiement, de terrasse-ment, de déblayage, etc.) pour lesquels une indemnité de 2 DM leur est versée, destinée à couvrir leurs frais de transport et de vêtement.

Toutes les formes de workfare stigmatisent les chômeurs comme des incapables et des fainéants que la société est fondée à contraindre au travail - pour leur propre bien. Elle se rassure de la sorte elle-même sur la cause du chômage : cette cause, ce sont les chômeurs eux-mêmes : ils n’ont pas, dit-on, les qualifications, les compétences sociales et la volonté nécessaires pour obtenir un emploi. (…)

En réalité, le taux de chômage élevé des personnes sans qualification ne s’explique pas par leur manque d’aptitudes professionnelles mais par le fait que (…) le tiers des personnes qualifiées ou très qualifiées occupe, faute de mieux, des emplois sans qualification (…).

Au lieu de subventionner les emplois non qualifiés par le biais d’un revenu de base, c’est donc des emplois qualifiés qu’il conviendrait de subventionner la redistribution en y abaissant fortement le temps de travail (8).

Selon cette conception le « revenu d’existence » doit permettre un travail-emploi intermittent et même y inciter. Mais le permettre à qui ? Là est toute la question. Un « revenu d’existence » très bas est, en fait, une subvention aux employeurs. Elle leur permet de se procurer du travail en le payant en-dessous du salaire de subsistance. Mais ce qu’elle permet aux employeurs, elle l’impose aux employés. Faute d’être assurés d’un revenu de base suffisant, ils seront continuellement à la recherche d’une vacation, d’une « mission » d’intérim ; donc incapables d’un projet de vie multiactive. Le « revenu d’existence » permet dès lors de donner un formidable coup d’accélérateur à la déréglementation, à la précarisation, à la « flexibilisation » du rapport salarial, à son remplacement par un rapport commercial. Le revenu continu pour un travail discontinu révèle ainsi ses pièges. A moins, bien entendu, que les intermittences du travail, sa discontinuité relèvent non pas du pouvoir discrétionnaire du capital mais du droit individuel et collectif des prestataires de travail à l’autogestion de leur temps.

- b - L’allocation à tout citoyen d’un revenu social suffisant relève d’une logique inverse : elle ne vise plus à contraindre les allocataires à accepter n’importe quel travail à n’importe quelle condition, mais à les affranchir des contraintes du marché du travail.
Le revenu social de base doit leur permettre de refuser le travail et les conditions de travail « indignes » ; et il doit se situer dans un environnement social qui permette à chacun d’arbitrer en permanence entre la valeur d’usage de son temps et sa valeur d’échange: c’est-à-dire entre les « utilités » qu’il peut acheter en vendant du temps de travail et celles qu’il peut produire par l’autovalorisation de ce temps. L’allocation universelle d’un revenu suffisant ne doit pas être comprise comme une forme d’assistance, ni même de protection sociale, plaçant les individus dans la dépendance de l’Etat-providence. Il faut la comprendre au contraire comme le type même de ce qu’Anthony Giddens appelle une « politique générative » (generative policy) (9) Elle doit donner aux individus des moyens accrus de se prendre en charge, des pouvoirs accrus sur leur vie et leurs conditions de vie.


Notes de J-P Lambert (Rédacteur en chef de la revue PROSPER)


Les familiers du distributisme comprendront facilement d’où provient le « revenu suffisant » et d’où il tire sa « suffisance ». (10) Le lecteur de Transversales/science-culture aura par contre quelque difficulté à en saisir l’origine. Le texte de Jacques Duboin (11), que nous reproduisons ci-dessous (en déployant distinctement ses trois points pour en faciliter la lecture), ne contient en effet rien qui permette de s’en faire une idée concrète.

Qu’on en juge :

Réduisons l’ambition à tenter de nous mettre d’accord sur quelques principes généraux, puis à examiner s’ils pourraient servir de base à une économie rationnellement organisée. Voici quel pourrait être le premier :

  • L’homme possède le droit à la vie, car il le tient des lois de la nature. Il a donc droit à sa part dans les richesses du monde. Grâce à son travail, il pourrait se procurer cette part et ainsi gagner sa vie. Il le pourra désormais de moins en moins, car son travail est progressivement éliminé par un gigantesque appareil de production qui rend tous les jours le labeur humain un peu moins nécessaire. Cependant les progrès techniques qui se succèdent en libérant l’homme de ses occupations matérielles ne doivent pas le priver des biens créés sous prétexte que son travail n’est plus nécessaire. En effet si l’homme est dénué de moyens d’existence, son droit à la vie devient un leurre. Mais si l’homme l'a inventé n'est il pas juste qu’elle travaille pour lui ? (…) La fortune des hommes de notre temps réside dans l’efficience des techniques qui permettent de créer ces richesses. Nous avons donc tous le droit de profiter des découvertes de nos devanciers : d’où ce deuxième principe :

  • L’homme est l’héritier d’un immense patrimoine culturel qu’il trouve aujourd’hui en naissant, car l’équipement agricole et industriel n’est qu’une œuvre collective poursuivie pendant des siècles par une foule innombrable de chercheurs et de travailleurs, tacitement associés pour l’amélioration continuelle de la condition humaine. Cependant, si l’homme est l’héritier de ce prodigieux patrimoine, il n’est que l’usufruitier des richesses qu’il permet de créer. Sous quelle forme pourrait-il en percevoir sa part ? Ecartons la fameuse prise au tas, qui se concilie mal avec l’ordre qui doit régner dans une économie rationnelle (…). Dans le monde moderne la part d’usufruit ne se conçoit que sous la forme de pouvoir d’achat, donc de monnaie, puisqu’elle ne constitue plus qu’un titre de créance. Il faut que tout le monde possède de l’argent pour vivre, comme tout le monde a de l’air pour respirer. D’où ce troisième principe :

  • Les droits politiques ne suffisent plus à assurer la liberté des hommes, car, pour vivre, il faut avoir de quoi vivre. Les droits du citoyen doivent se compléter des droits économiques du consommateur, concrétisés par un « revenu social » auquel il aura droit du berceau au tombeau.


L’énoncé de ces trois principes ne va pas plus loin que ce qu’exprime Marx dans le texte cité plus haut. Cinquante ou cent cinquante ans après, on piétine.

A la question « sous quelle forme l’usufruitier peut-il recevoir sa part ? » Duboin répond : « sous une forme monétaire ». Il n’expliquera lui-même que dans un tout dernier opuscule d’où cette forme peut, dans l’économie distributive telle qu’il la conçoit (et telle qu’elle serait encore possible si on ne tenait pas compte de l’aspect positif des nouvelles données économiques, sociales, écologiques, etc.), tenir sa consistance.

Or elle la tient d’un procédé qui n’a rien d’original, puisqu’il reprend celui de la création monétaire ex-nihilo telle que la pratiquent déjà tous les banquiers en inscrivant d’un trait de plume une ligne de crédit au compte d’un entrepreneur et en anticipant ainsi sur les « rentrées » que doit produire son activité.

Cette monnaie « scripturaire », est en fait déjà en partie une « monnaie de consommation », au sens étroit où vos rentrées annulent votre crédit. L’argent dont les particuliers comme les entreprises seront demain crédités s’annulera au moment de leurs achats. Mais il ne produira plus d’intérêt. Il n’aura plus d’autre fonction que pour renseigner sur ce qui a été acheté et doit être renouvelé.

Cet argent émis sans intérêt n’est pas la grande ni la seule nouveauté du distributisme. (Un système relativement proche, le créditisme, vise également à instaurer cet « argent sans dette », et s’arrête d’ailleurs là , le « revenu social » devant être complété dans les mêmes conditions et avec les mêmes risques qu’André Gorz dénonce).) Sa vraie nouveauté tient avant tout au fait que le système de la création scripturaire se trouve en réalité détourné de son usage (pour le plus grand bénéfice des banquier).

C’est exactement avec le même système que les distributistes d’aujourd’hui proposent, dans un premier temps (le second étant la gratuité totale) de sortir l’activité économique d’une triple dépendance : à l’égard des profits monétaires, de la croissance qui seule permet de rembourser les intérêts, et de celle qu’instaure la concurrence dans un Marché mondialisé.

Ces quelques indications suffiront à faire comprendre que le ralliement d’André Gorz à l’économie distributive va bien au-delà du « revenu suffisant ».

1 Cf André Gorz, Les Chemins du Paradis. Mon argumentation est reprise et brillamment redéveloppée, souvent dans les mêmes termes, dans Alain Bihr, Du Grand Soir à l’Alternative, Ed. Ouvrières 1991.
2 Karl Marx, Grundrisse, p. 594 de l’édition originale.
3. Wassily Leontieff, La distribution du travail et du revenu, Pour la Science n°61, Avril 1942 (note d’A.G.)
4. Gustave Rodrigues a franchi le seuil de la porte un peu avant Duboin. Nous ne pouvons reprocher à André Gorz de ne pas en être informé, car il faut s’être armé de patience historique pour en savoir plus que La Grande Relève n’en disait sur le sujet (mais rien ne prouve que l’ignorance de la fille de Jacques Duboin ait été feinte). Rappelons que Rodrigues, professeur de philo à Jeanson de Sailly, a tenu la tribune de Nouvel Age revue rivale de La Grande Relève, de 1935 à 1940, en double avec Georges Valois. Etant juif, il s’est suicidé au rocher de Biarritz en 1940. Valois meurt en déportation en 1945.
5 Les Grundrisse n’ont été publiés sous le titre Rohenwurf (ébauche à l’état brut) qu’en 1939 par l’Institut Marx-Engels-Lénine? à Moscou. La première édition accessible au public a été publiée par Dietz en 1953 à Berlin. (note d’A.G.)
6 (note d’A. Gorz) Jacques Duboin prévoyait déjà que cette monnaie de consommation devait être annulée par l’acte d’achat qu’elle permettait. C’est qu’elle ne provient pas d’un prélèvement. Elle ne peut en provenir, dans une économie qui ne distribue (redistribue est ici le terme approprié) plus guère de salaires. La monnaie qui solvabilise la demande n’y peut être qu’une monnaie sociale dont l’émission et la masse relèvent de décisions politiques.
7 par l’emploi de ce mot André Gorz montre qu’ il a parfaitement compris que les « partisans » du revenu d’existence ne sortaient pas du cadre redistributif.
8 Voir à ce sujet l’article de P. Frémeaux, « Rééquilibrer le marché du travail », dans l’excellent dossier de G. Duval, Alternatives économiques n°135, mars 1996.
9 Anthony Giddens, Beyond Left and Right. The Future of Radical Politics, Cambridge, Polity Press, 1994.
10 Ils ont retenu qu’en économie distributive le prix des biens et services disponibles ne dépend plus de leur cours sur le marché. Le jour D, on chiffre l’ensemble de la production provisoirement au prix du Marché et on divise la somme entre tous les usagers. Ils peuvent donc acheter tout ce qui est produit. Or nous croulons sous les produits. Nous (et les peuples auxquels nous les imposons) craindrons d’autant moins d’en manquer que leur production ne sera pas raréfiée (cf OGM) pour faire monter les prix.
11 Les yeux ouverts, 1955.



Ci dessous un article que j'avais écrit en 1999


Étude pour un Revenu Citoyen.


Bien que rejetée dans le rapport " minima sociaux, revenus d’activité, précarité " de Jean-Michel? Belorgey remis à Monsieur Jospin (Le Monde du 29 février 2000), cette idée du Revenu Citoyen fait son chemin. Ignacio Ramonet, rédacteur en chef du journal "Le Monde Diplomatique", dans son éditorial de janvier 2000 qu'il intitule "L'Aurore", explique: "Établir un revenu de base inconditionnel pour tous, octroyé à tout individu, dès sa naissance, sans aucune condition de statut familial ou professionnel. .../... Son instauration repose sur l'idée que la capacité productive d'une société est le résultat de tout le savoir scientifique et technique accumulé par les générations passées. Ainsi les fruits de ce patrimoine doivent-ils profiter à l'ensemble des individus, sous la forme d'un revenu de base inconditionnel. Lequel pourrait s'étendre à toute l'humanité, car d'ores et déjà le produit mondial équitablement réparti suffirait à assurer une vie confortable à l'ensemble des habitants de la planète."

J'ai repris dans l'étude qui suit quelques un des arguments développés dans "Le revenu de citoyenneté, un projet pour le Québec" par Michel Bernard, philosophe, et Michel Chartrand, syndicaliste (Éditions du Renouveau Québécois, 144 pages, 1999.), ainsi que ceux apportés par Jean-Marc? Flament.

1 - Définition:

Le Revenu Citoyen (RC) serait attribué à tous les citoyens. Il serait d'un montant suffisant pour permettre l'acquisition des biens de première nécessité : nourriture, vêtements, logement, éducation, santé, loisirs de base, tous biens utiles au respect de soi-même et au rôle de citoyen. Il réalisera l'objectif de pauvreté zéro. Le montant en sera égal pour tous. Cumulable avec des revenus de travail ou d'autres ressources, l'ensemble sera imposable directement (impôt sur le revenu) et indirectement (TVA).
Deux hypothèses d'application peuvent être envisagées:
- Le Revenu Citoyen est distribué à la majorité. C'est cette hypothèse que nous prendrons pour le calcul en annexe, mais uniquement pour simplifier, et non par choix véritable.
- Le Revenu Citoyen est distribué dès la naissance, progressif avec l'âge, avec suppression pure et simple des allocations familiales. Cette option est très défendable: il suffit de considérer qu'il s'agit d'un" dividende social ". Chaque enfant qui naît hérite bien d’une dette publique en raison de sa seule appartenance à un Etat et, bien que n’ayant aucune responsabilité à l’origine de cette dette, il devra l’assumer le moment venu. De même, chaque enfant qui naît est aussi l’héritier de l’actif social. Ce qui existe est dû au travail et aux impôts des générations précédentes. Par exemple, les technologies (dont il bénéficiera, mais en payant) ont été produites grâce aux investissements des générations précédentes, via l’impôt, dans l’enseignement sans lequel il n’y aurait ni recherche ni technologies..

2 - Historiquement:

Au gré de l'enrichissement de la société et des difficultés financières pour certains citoyens, nous avons instauré divers systèmes d’aides. Cela s'est fait plus ou moins spontanément sans plan d'ensemble suivant l’avantage politique offert par ces programmes : le RMI, les indemnités chômage, les allocations familiales puis les crédits d'impôts, puis les places en garderies, puis des aides à la rentrée scolaire, les prêts et bourses aux étudiants. D'autres systèmes d’aides s’ajoutèrent, comme le congé parental, et d'autres s’ajouteront probablement encore..
En somme, pour assurer l'accès aux biens de première nécessité ou a un revenu de base, on a créé de multiples statuts, dont certains obligent les citoyens à devenir de perpétuels demandeurs dans le labyrinthe des programmes et des aides. Pour régler des problèmes qui sont fondamentalement de même nature, on a multiplié les types d’aides. Pourquoi cet arsenal alors qu'un revenu citoyen pourrait se charger de l'accès aux biens de première nécessité ? C'est une nouvelle direction vers un mode de collaboration sociale, plus centré sur la valeur de l'existence humaine en soi, sans égard au statut, plus respectueux des principes qui ont fondé le droit social.

3 - Un revenu inconditionnel

Les revenus de transfert actuels sont conditionnés par le montant des ressources, la situation familiale, l'engagement à la recherche d'un emploi, l'âge, l'aptitude ou non au travail, etc. Avec l'adoption du RC, il n'y aura plus de personnes en situation de demandeurs, plus de catégories constituées en fonction de différents critères, (prestataires de l'aide sociale ou de l'assurance emploi, bénéficiaires de pensions de vieillesse, femmes à la maison sans revenu, étudiants en train de s'endetter, etc.,). Il n'y aura que des citoyens égaux en dignité recevant le RC.
Le RC n'est pas du en charité mais en droit, car seul le droit est compatible avec la dignité humaine. Il n'y aura donc plus de vexations pour ne pas dire d'humiliations, pas d'enquêtes, pas de programmes d'emplois bidons. Pas de questionnaires, ni de formules. Tout se passe actuellement comme si les gouvernements voulaient enlever aux bénéficiaires le respect des autres qui est pourtant un ingrédient du respect de soi. Avec l'adoption du RC, celui qui subirait une exclusion à cause des risques sociaux, celui qui perdrait son emploi n'aurait pas à s'expliquer: il recevrait déjà son RC sans condition.

4 - Fondement dans le droit social:

Pour fonder l'inconditionnalité du RC ou d'une rente d'allocation universelle, certains militants Européens (Bresson, Van Parijs, Ferry) ont voulu le fonder sur le fait qu'en tant que citoyen d'un État, nous sommes propriétaires des ressources naturelles du territoire de cet État et des progrès, des savoirs issus des générations passées: Celui qui se retrouve sans rien a été extorqué d'un droit naturel par des conventions humaines.
On peut aussi fonder le RC sur les droits de la personne, particulièrement les droits sociaux. Il ne faut pas laisser la question de l'accès aux biens de première nécessité ni à la compassion des riches, ni à la charité. On doit combattre la tendance à laisser toutes les affaires humaines à l'économie, au marché.

5 - Le RC ne crée pas de nouveaux droits:

Il prend au sérieux les droits sociaux qui sont déjà dans la Déclaration universelle des droits de l'homme : Article 25 : " Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que les services sociaux nécessaires"
Les Constitutions proclament des droits-libertés et des droits sociaux. Les droits-libertés protègent le pouvoir d'agir de l'individu contre les autres et contre l'État en garantissant la liberté d'expression, les droits politiques, les droits judiciaires, le droit d'association et celui de la propriété privée. Les droits sociaux sont des pouvoirs d'obliger l'État à fournir une prestation, ils instaurent une créance de l'individu à certains droits ; par exemple, le droit à l'instruction publique gratuite, aux services de santé, etc.. Cette ambiguïté des droits a marqué les débats depuis plus d'un siècle. Comme le RC prend au sérieux les droits sociaux, il est au centre de ce débat. Par exemple, les néolibéraux nient l'existence des droits sociaux ; ceux qui se sont enrichis en respectant le droit de propriété ne doivent rien à personne ; la doctrine du néolibéralisme est en progrès, c'est hélas indiscutable .

6 - Jusqu'où aller dans l'égalité ?

Notre mode de collaboration sociale devrait être structuré de telle façon qu'il respecte les libertés de base et les droits sociaux. Ainsi, l'obtention de plus de biens pour certains ne peut être justifié par la perte de droits fondamentaux chez les autres. Donc, le revenu de citoyenneté n'est pas l'application d'une utopie égalitaire qui risquerait de réduire à la fois la part des bien nantis et des défavorisés. Il ne s'agit pas d'une position fondée sur l'envie qui voudrait enlever aux autres ce qu'on n'a pas pour soi-même. Il ne s'agit pas d'uniformiser les individus qui pourront se distinguer comme ils le veulent par leur définition du bien, par leurs projets de vie, par leur travail, par leur instruction, par leur richesse même : mais pas par la présence ou l'absence des biens de première nécessité, car le respect de l'humanité présent dans chaque individu et l'égalité des chances impliquent cet accès pour tous.

L'égalité des chances suppose que ceux qui veulent améliorer leur sort puissent le faire par un véritable accès à l'éducation et aux postes de responsabilités. Cela ne se réalise pas seulement avec l'éducation gratuite et l'accès égal aux soins de santé. Il faut viser les institutions qui marient efficacité et justice. Le système de collaboration social doit développer tous les talents et il est entendu que le résultat final n'est pas l'égalité absolue. Nous considérons aussi que le RC doit compenser l'effet de la loterie naturelle: personne n'est responsable de sa position de départ, mais chacun est responsable de développer son talent et la société doit lui permettre de le faire. Les inégalités légitimes sont celles qui ne réduisent pas l'égalité des chances, car en absence d'égalité des chances, toutes les inégalités apparaissent injustes ; c'est pourquoi le principe de l'égalité de chances est inviolable. Sans le système de collaboration sociale, nous ne pourrions réaliser qu'une infime partie de nos potentiels. Chacun peut réaliser une trajectoire d'excellence parce qu'il peut compter sur les autres pour le libérer du reste.
Certains préconisaient d'abolir l'héritage pour favoriser l'égalité des chances : nous suggérons plutôt d'accorder positivement à chacun son héritage venu du travail passé des hommes, par le RC, héritage qui ne doit pas servir à enrichir une minorité ou accentuer les inégalités naturelles ou sociales.

L'égalité face aux biens de première nécessité est un moyen vers l'égale dignité des personnes: il ne peut y avoir sur ce point de citoyens de première classe et de deuxième classe. Par exemple, nous avons exprimé de grandes réticences face à la médecine à deux vitesses. L'homme vaut en soi et non seulement comme travailleur ou comme ustensile d'enrichissement d'une minorité. Il faut cesser de reproduire les inégalités héréditaires et les classes sociales. L'égale dignité implique l'égalité des chances et l'accès égal aux fonctions que crée notre mode de collaboration.

7 - Comment financer le revenu citoyen ?

Ce qui coûte cher c'est de laisser les talents en friche; c'est l'exclusion, la pauvreté. Mais le manque d'intelligence et de leadership politiques et la comptabilité gouvernementale archaïque (par exemple le calcul du PIB, dans lequel entrent les dégâts d’une " marée noire " ou d’une tempête) ne tiennent pas compte des coûts cachés provoqués par l'absence du traitement intelligent des problèmes d'exclusion d’aujourd'hui lesquels se traduiront par des coût réels décuplés dans les années futures. Il faut rompre avec l'image simpliste du gâteau à partager car l'élimination de la pauvreté, la fin de la précarité, l'éducation, la santé, le logement ont cette faculté de justement grossir le gâteau, si bien que tous auront plus en fin de compte. L'amélioration de la position des mal lotis n'implique pas nécessairement la détérioration de la position des bien nantis.
Le programme de revenu citoyen s'autofinancerait probablement, si on veut bien calculer correctement en soustrayant le coût des multiples programmes actuels qui seraient remplacés, les recettes fiscales découlant de l'activité économique supplémentaire (relance de la consommation) occasionnée par le revenu citoyen et les coûts indirects de l'exclusion . Il entraînera une hausse dans la demande de biens essentiels. Il permettra aussi une croissance remarquable des activités non marchandes qui ont une valeur économique certaine même si la comptabilité nationale ne les codifient pas comme du travail. Ferry parle du secteur quaternaire : des activités sociales de soutien, de formation, d'animation dans les domaines associatifs, communautaires et culturels, hors des secteurs de la grande production. Il faut aussi quantifier la valeur de la réduction de l'insécurité, de l'humiliation et de la souffrance qui l'accompagne.

8 - La dissociation du travail et du revenu.

La réduction du temps du travail est une réalité sociologique. L'humanité a toujours cherché à réduire le travail et elle y réussit très bien. Le chômage croissant est dissimulé sous le travail à temps partiel, temporaire, autonome. On entre plus tard sur le marché du travail et le nombre d’années de vie après la retraite augmente. Les emplois à temps partiel croissent plus vite que le salariat à temps plein. Le capital est propriétaire de la technologie et partage de moins en moins avec les travailleurs. Au Canada, 23% des chefs de famille pauvres ont travaillé, aux USA c'est 20% des travailleurs qui sont sous le seuil de pauvreté. Nous produisons plus que jamais avec de moins en moins de travail et nous persistons néanmoins à définir le travail rémunéré comme le seul mode d'accès aux biens (hors l'héritage et les revenus du capital). Heureusement, c'est un premier pas, en France on vient de voter la semaine de 35 heures malgré l'immense force de lobby du patronat.

Actuellement, il n'est plus nécessaire pour la plupart des gens de travailler à la production de biens d’existence. Si une minorité de moins de 20% de la population active peut produire ce genre de biens pour la population entière d'une société donnée, pourquoi ne pas trouver les moyens de redistribuer ces produits, ce qui assurerait la survie de tous. Une partie de la population reste dans l'insécurité quant aux biens premiers, car nous maintenons une structure d'insertion sociale et d'accès aux biens fondée sur un travail qui s'amenuise. La situation devient de plus en plus absurde car, d'une part les biens abondent et, d'autre part, le travail diminue. On continue de voir le travail comme le seul mode d'intégration sociale et d'accès aux biens. On continue aussi de lier certaines aides à la preuve de recherche d'un emploi.
Mais néanmoins, si 20% de la population peuvent produire les biens de première nécessité, ce ne sont pas les seuls biens nécessaires. Comme si seule existait la production de richesses !
Il reste tant à faire ! Pas seulement en Europe mais dans le monde entier. Bien sûr, tout ce qui reste à faire n’est pas directement rentable à court terme (sinon ce serait déjà fait) mais si, justement, nous avons réussi à limiter à 20% la main d’œuvre nécessaire à la production, c’est pour qu’on s’intéresse davantage à la personne humaine.

Quelques exemples:
-N’avons nous pas trop souvent des classes surpeuplées. Une augmentation du nombre d’enseignants ne permettrait-elle pas de réduire l’échec scolaire, d’apporter un surplus de compétence aux enfants …ce qui se traduirait à moyen ou long terme par une économie ou une amélioration des performances ?
-Les organismes publics comme la poste et les administrations d’une part, les commerces d’autre part sont-ils accessibles à ceux qui travaillent. Ne pourrait-on les dédoubler par un service d'horaires élargis qui permettrait d’éviter les files qu’on rencontre presque à toutes heures du jour et qui occasionnent du stress et de l’énervement ?
-Y a t-il une prise en charge suffisante des problèmes psychologiques et sociaux des gens ? Un travail de prévention ne devrait-il pas être réalisé par des intervenants sociaux ? Quand on connaît un peu les conséquences des problèmes que les gens rencontrent dans l’éducation, le suivi scolaire de leurs enfants, dans les méandres de l’administration, dans leur méconnaissance des lois, etc…on imagine aisément l’économie à long terme que permettrait l’affectation d’intervenants sociaux en nombre suffisant du point de vue des placements en institution évités, des impôts à percevoir plutôt que des allocations à pourvoir.
-Les personnes âgées ou moins valides n’ont-elles pas besoin de services qui n’existent pas à présent faute de rentabilité mais qui leur éviteraient des risques d’accident, d’agression et leur ouvriraient d’autres horizons ?
-Tous les livres sont-ils traduits en braille ?
-N’y a-t-il pas un travail énorme à réaliser dans les pays du Tiers-Monde? ?

9 – Objections et réponses

Objection 1: Les désirs de l'homme sont illimités et que la création de nouveaux produits et services maintiendra le travail comme pratique d'accès au revenu et aux biens.

Notre réponse: Cette logique conduit à une impasse, car les ressources de la Terre sont limitées et la multiplication de désirs de plus en plus marginaux ne répond pas au besoin de sens inscrit dans toute activité humaine.

Objection 2 : le RC désinciterait à travailler.

Notre réponse: Cet argument est réfuté par le fait que le revenu de travail se cumulerait au RC. Personne n'aura intérêt à demeurer inactif afin de recevoir ce minimum vital. Toutefois, le travailleur pourrait mieux refuser un travail dangereux, rébarbatif ou épuisant. Le RC confère une force de négociation aux travailleurs. C'est sans aussi une raison pour laquelle les lobby patronaux s'y opposent.
Mais aussi: le revenu citoyen sera favorable à la famille. Notre système économique équivaut à une guerre contre la famille et les enfants, dont les conséquences en terme d’inaptabilité à la société sont multiples. Muni du revenu citoyen, un conjoint pourra décider plus librement de rester au foyer pour s'occuper de ses enfants en bas âge.

Objection 3: La charge serait insupportable pour la collectivité.

Notre réponse: A notre sens, il faut tenir compte des gains de productivité phénoménaux qui vont intervenir dans les 40 années qui viennent (c'est la raison pour laquelle nous proposons une mise en application progressive), de la suppression des autres aides au fur et à mesure qu’un individu reçoit le RC, des arguments humanistes, etc.

Objection 4: Il y a injustice pour tous ceux qui ne rentrent pas dans le système (ceux qui sont nés trop tôt)

Notre réponse: Objection probablement juste. Peut être le mouvement pourra t'il être accéléré, en démarrant "aussi" par les personnes les plus âgées, ou en incluant, tous les ans, les 2 années de naissance suivantes..?
Mais aussi: d'une part, les non bénéficiaires de ce RC continuent de vivre suivant l'ancien système, et d'autre part, si on ne commence pas à appliquer cette idée et que l'on attende que tous, d'un bloc, puissent en être bénéficiaires, on risque de reporter une éventuelle application à l'éternité...
Bref, si l'on ne fait rien, il ne se passera rien!


Objection 5: L'un des problèmes est la "paresse naturelle" de l'homme et son égoïsme. L'homme, pour le moment, n'est pas, comme le pensait Rousseau, "naturellement" bon (et courageux). Il risque d'être insupportable, pour ceux qui travaillent, de voir une grande partie de la population se tourner les pouces. Outre le Quebec, cette idée du Revenu Citoyen revient aujourd'hui en RFA dans les milieux écolo-sociaux. Mais....elle est combattue aussi par Joschka Fischer, le ministre vert-social par excellence qui montre l'ex RDA et l'URSS du doigt et dit: "officiellement le Revenu Citoyen n'existait pas, mais en réalité c'est comme cela que la population s'était organisée et vivait. C'est ce qui a produit la défaite économique dans ces pays. Donc, attention!"

Nos réponses: Elles dépendent des sensibilités et de l'appréciation de chacun, et nous apportons deux réponse qui néanmoins se rejoignent.

1 - C'est vrai, l’objection est d’importance ; pour devenir "bon" et donc apporter "naturellement" sa part à la communauté, l'homme doit être (bien) éduqué. Tout commence donc par l'éducation où il faut créer chez l’enfant la notion d’humanisme envers l’autre. Mais, aujourd’hui, l’acquisition passe par un système de récompense en " biens matériels " (sucre, chocolat, ou argent!) ou punition. Le problème est donc de trouver une autre forme de récompense pour des actions positives envers " l’autre " et qui ne soit pas des biens matériels . Il faut obtenir que la " reconnaissance sociale " ne se fasse pas en comparaison avec la " position sociale " de l'autre (car actuellement, le but de l’éducation est souvent de former à " plus "; d’être plus malin, plus habile, plus fort, mieux s’en sortir, que le voisin … et non d’être meilleur, plus gentil, plus doux, plus respectueux, plus aidant). On arrive très vite à une notion " d'humanisme nécessaire " qui doit être inculqué dès le plus jeune âge.

2 – C'est faux: il est clair pour ne pas dire aveuglant que l’Homme est naturellement " bon " mais que la société l’empêche de le rester. En général, l’homme est sociable, quoiqu’un peu égoïste mais il est de plus en plus fréquemment sur la défensive. Un exemple sera plus parlant. Stéphane P. est un citoyen Belge qui remue ciel et terre pour tenter de sauver une petite Ougandaise qui a besoin de soins coûteux. Il se heurte à des institutions, même humanitaires, qui ne peuvent pas l’aider parce qu’elles n’ont pas le budget mais il est certain que si l’affaire pouvait être médiatisée, il trouverait les fonds nécessaires dans la population..
Supposons que vous ayez tout juste les moyens de donner une chance à la vie de cette petite fille et que vous les donniez. Vous voici avec un pouvoir d’achat quasi nul pour le restant de vos jours et un pouvoir d’action très limité. Vous serez au plus bas de l’échelle sociale et vous ne pourrez plus soutenir vos proches quand ils auront besoin de vous. Pis ! vous serez peut-être un jour à leur charge. Et quand vous croiserez dans la rue, descendant de sa Mercédès le temps d’entrer dans la banque, le trafiquant du coin, n’importe quel quidam verra en lui la personne digne de confiance ou du moins " à respecter " et en vous le clochard dont il vaut mieux s’éloigner avant qu’il ne mendie.
Et ce sera ainsi aussi longtemps que l’argent restera la seule valeur de référence conduisant au pouvoir d’achat. Le lien entre la position sociale et la reconnaissance sociale n’est pas le produit de l’éducation mais le résultat de la simple observation de la réalité laquelle est transmise par les parents dès le plus jeune âge. Ils souhaitent naturellement la réussite sociale de leurs enfants parce qu’ils veulent les voir heureux et les enfants perçoivent très bien les " valeurs " que ça recouvre.
C’est pourquoi il semble impossible de former des jeunes " plus doux, plus gentils, plus serviables" tout en conservant le système économique actuel. Veut-on créer des inadaptés sociaux ? Veut-on prévenir une probable révolution quand les maîtres du monde pousseront plus loin encore leur arrogante recherche du profit ? Veut-on tout simplement les rendre malheureux en les transformant en loosers, incapables d’affronter la concurrence des jeunes loups que certaines écoles privées ne manqueront pas de continuer à former ?
Qu’est-ce donc que l’éducation sinon le processus par lequel on adapte l’enfant à la société dans laquelle il devra évoluer ?
Il n’est pas cohérent d’élever des moutons pour les envoyer dans une forêt infestée de loups…sauf bien sûr si l’objectif est de nourrir les loups.

Objection 6 : Il faut néanmoins " imposer " une fonction productrice minimale à chaque bénéficiaire !

Notre réponse: Nous ne le pensons pas. Ce serait la négation même de l’idée du RC, dont l’attribution ne doit pas être soumise à conditions.

10 – Conclusion

Nous croyons donc profondément que le revenu citoyen constituerait un progrès. La dignité citoyenne consiste en la liberté de faire partager des idées et de tenter d'en faire une définition générale du bien à promouvoir collectivement.
Le système socio-économique actuel est basé sur une équation fausse et toute tentative pour en corriger les effets en aval de cette règle du jeu qui fait de l’argent la seule valeur de référence est vouée à l’échec ou provoquera des effets secondaires néfastes. Par exemple le boycott des articles produits grâce à l’exploitation de la main d’œuvre enfantine se traduira par une croissance de la prostitution enfantine. La solution correcte consiste à payer décemment le travail des parents, ce qui contrevient à la loi de l’offre et de la demande du système actuel.

Le revenu citoyen doit faire partie d'un nouveau programme politique Européen qui propose une alternative. Une alternative réaliste, car elle aurait des effets économiques positifs tout en favorisant l'égalité des chances et en réalisant le programme de la pauvreté zéro. Le revenu citoyen pourrait être un élément important des Constitutions européennes. Si nous mettons plus de justice dans l'ordre social, nous créerons des hommes plus justes et ce sont les autres qui nous imiteront.
Se pose enfin la question de l’accès au Revenu Citoyen dans les Pays "pauvres" ou les PVD, avec le risque induit d’explosion démographique. Il nous semble que c’est un autre sujet que nous développerons peut être par la suite.

Quel doit être le montant de ce RC ? Il semble évident que le coût de la vie et les "besoins" ne sont pas identiques partout à travers le monde. Mais: "Le RC doit permettre de vivre et de satisfaire tous les besoins de base. Il doit aussi satisfaire le confort moral minimum de telle manière à ce qu'aucun citoyen ne se sente rejeté ou humilié par l'absence d'un élément qui ne soit pas nécessairement considéré comme un besoin de base, mais qui, par son absence, pourrait lui donner le sentiment d'être marginalisé".

Il est aussi entendu que: "Le citoyen voudra, contre salaire ou autre rémunération qui s'ajoute dans tous les cas à ce RC, apporter ses capacités (par une activité justement rémunéré) à la société, laquelle rémunération lui permettra d'améliorer le confort dont il peut jouir, lui et les siens..."

Le RC ne doit donc pas se substituer à la juste rémunération d'une activité.




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Créé par: admin Dernière modification: Jeudi 08 de Mai, 2008 19:42:15 CEST par admin


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  220. FauxMonnayeurs
  221. DicoSocietal
  222. QuelJeuDeC
  223. Non Monsieur Fillon
  224. CerveauxDisponibles
  225. Etat-Dette-Monnaie
  226. PatrickViveret
  227. QuitterOMC
  228. AccordTacite
  229. FiscaliteEmploi
  230. Monnaie Nationale
  231. Allais
  232. FracturesSociales
  233. CharteLaHavane
  234. BailEmphytheotique
  235. Ecosocietalisme3
  236. Ecosocietalisme2
  237. Ecosocietalisme8
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