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Essai sur la morale: La morale réaliste

Serait-ce la "morale sociétale ? "


Dialogue entre un élève et son précepteur, suivi de la retranscription d'un débat le 26 juin 2005

Élève
Comment faire pour juger si quelque chose est bien ou mal? Ça doit être difficile, non?
Les situations sont rarement blanches ou noires, tout bien ou tout mal, on est plutôt tout le temps dans les teintes de gris, les nuances, or les étiquettes "bien" et "mal" paraissent sans nuances... Surtout que la notion de bien et de mal change d'une culture à l'autre, quand ce n'est pas d'une génération à l'autre ou même d'un individu à l'autre au sein d'une même culture...

Précepteur
Bonne question! Plutôt que donner une réponse théorique qui ne satisfera personne, je préférerais d'abord m'assurer que nous parlons bien de la même chose avec le même vocabulaire, que chaque mot a bien le même sens pour nous deux. Une fois ce point réglé, on aborde la question de front, ok?
Donc question: pour toi, c'est quoi la science, c'est quoi la religion, c'est quoi la philosophie et c'est quoi la morale?

Élève
Facile! La science, c'est ce que nous avons découvert en étudiant l'univers, la religion, c'est ce qu'on nous a enseigné dans les textes sacrés, la philosophie, c'est la somme des idées des grands philosophes et la morale, c'est l'ensemble des règles qui nous permettent de distinguer le bien du mal.

Précepteur
Quadruple tautologie, c'est un record! En fait, dans l'étude de l'univers il y a trois grandes divisions:
- la science, qui s'adresse à la question "comment", comme dans "comment fonctionne l'univers?" ou "comment la neige forme-t-elle de si jolis cristaux?"
- la religion, qui s'adresse à la question "pourquoi", comme dans "pourquoi sommes-nous sur terre?" ou "pourquoi l'univers existe?"
- la philosophie, qui s'adresse à la question "quoi", comme dans "c'est quoi l'univers?" ou "c'est quoi un être moral?"
La philosophie s'attaque donc à la question de l'existence ou de la nature des phénomènes; la religion s'attaque à la question de la cause des phénomènes, que cette cause soit située dans le passé (la cause originale) ou qu'elle soit située dans le futur (la cause finale, que l'on appelle aussi le but); la science, elle, s'attaque à la question du mécanisme des phénomènes.

Élève
Et la morale, c'est quoi?

Précepteur
C'est l'ensemble des règles qui permettent le fonctionnement de la société. En quelque sorte, c'est le contrat de base qui lie les membres de la société: s'ils ne respectent pas les termes de ce contrat, s'ils n'obéissent plus à ces règles, la société s'effondre. Tu vois immédiatement que ces règles peuvent être largement arbitraires, ce qui t'explique comment l'espèce humaine a pu avoir au fil du temps des sociétés très différentes les unes des autres.
Ainsi chez les grecs de l'époque classique on trouvait la pédophilie parfaitement normale et on plaignait le jeune garçon qui n'avait pas trouvé d'amant adulte: il était moral pour un adulte de se livrer à des actes de pédophilie avec un jeune garçon; de nos jours ce même comportement est non seulement jugé immoral, c'est un crime au yeux de la loi. C'est vrai pour beaucoup d'autres choses: l'esclavage était moral, c'est devenu un crime. Même chose pour la polygamie ou pour battre sa femme...

Élève
Mais le bien et le mal, là-dedans? La morale, c'est aussi ce qui sert à juger de ce qui est bien et de ce qui est mal, non?

Précepteur
Si on veut. En fait, le bien c'est tout ce qui favorise le fonctionnement de la société et le mal c'est tout ce qui le défavorise. Ce qui fait que le bien et le mal varient d'une société à l'autre, chose qui ne simplifie pas la coexistence pacifique de sociétés différentes. Ainsi l'excision pratiquée très moralement sur les jeunes filles dans certaines sociétés africaines est un acte immoral et même criminel pour la société canadienne, d'où problème pour les gens de ces sociétés qui immigrent au canada: il leur est difficile de comprendre et d'accepter que cet acte moral dans leur ancienne société soit devenu immoral dans leur nouvelle société.

Élève
Mais alors, tout cela est arbitraire, il n'y a donc pas moyen de trouver une morale universelle qu'on pourrait utiliser partout et en toutes circonstances pour séparer le bien du mal, non? Chercher pareille morale universelle devient futile, non?
Et ta façon de juger ce qui est bien et ce qui est mal n'est pas meilleure que celle d'un membre d'une autre société qui arriverait, dans la morale de sa société, à des réponses exactement opposées aux tiennes.

Précepteur
Ce n'est pas tout-à-fait ça, non.
Mais c'est justement pour cela que je t'ai asséné ma définition de la science: en étudiant comment fonctionne l'univers, comment évolue l'écosystème, les scientifiques, ou plus précisément les écosystématiciens, ont commencé à comprendre comment la vie sur terre, qui paraît si fragile, a réussi à se maintenir si longtemps malgré des cataclysmes qui ont parfois presque tout détruit; comment certaines espèces se sont avérées plus robustes que d'autres face au changement; comment certaines sociétés font pour durer très longtemps; etc.. Et ce qu'ils ont découvert, ce sont des règles de base régissant le succès de tout système complexe, règles qui peuvent servir de fondation morale à toute société d'êtres intelligents. Ce sont des règles fort simples qui permettent de prédire la robustesse et le succès d'un groupe ou d'une société (un système complexe formé d'êtres distincts) vivant dans un écosystème:
1. Les comportements favorables à la vie des membres du groupe augmentent à long terme la robustesse et le succès de celui-ci.
2. Les comportements sélectifs, c-à-d: favorables à la vie d'une partie des membres du groupe au détriment des autres réduisent à long terme la robustesse et le succès du groupe.
3. Les comportements favorables à la vie du reste de l'écosystème augmentent à long terme la robustesse et le succès du groupe.
4. La diversité tant du groupe que de l'écosystème est intimement liée à sa robustesse: augmenter la diversité c'est favoriser la vie; réduire la diversité c'est défavoriser la vie.

Élève
Est-tu en train de me dire que le mécanisme de sélection naturelle par la lutte pour la vie découvert par Charles Darwin est erronné?

Précepteur
Non, bien sûr!
Je suis en train de te dire qu'on a fait des progrès depuis Darwin: il avait découvert que la compétition entre les êtres vivants favorise l'évolution, c'est à dire la diversité de l'écosystème; on a découvert depuis que cette diversité est essentielle à la robustesse de l'écosystème, que la reproduction sexuée est une source de diversité sans laquelle la compétition ne servirait à rien, que la coopération entre individus d'un même groupe augmente les chances de survie de ces individus ainsi que leurs chances de se reproduire (ce qui favorise la diversité dans le groupe), que la coopération entre individus de groupes différents augmente aussi les chances de survie de ces individus et donc la diversité et la robustesse de leurs groupes respectifs, que les relations de type symbiotique entre espèces sont souvent essentielles à la robustesse et au succès de ces espèces, etc.
Autrement dit, Charles Darwin a découvert un des mécanismes d'évolution de l'écosystème. On en a découvert plusieurs autres depuis, ce qui a considérablement enrichi et nuancé notre compréhension de l'écosystème.

Élève
Mais comment ces progrès de l'écosystématique permettent-ils de créer une morale universelle?

Précepteur
Simple! Définis le bien et le mal en fonction de nos connaissances en écosystématique et tu obtiendras les bases d'une morale universelle.

Élève
Attends voir...
- Est bien tout acte qui favorise la vie de l'écosystème, du groupe et de l'individu moral.
- Est mal tout acte qui défavorise la vie de l'écosystème, du groupe et de l'individu moral
- Ah oui! Faut aussi préciser que: Tout acte qui réduit la diversité du groupe ou de l'écosystème défavorise la vie et est donc mal.
C'est ça que tu veux dire?

Précepteur
C'est presque ça, faut encore généraliser un peu et tu y seras: les cultures, les sociétés et les espèces sont aussi des systèmes complexes dont il faut favoriser la vie et la diversité; de plus les individus ne sont pas nécessairement moraux: ce qui est bien pour un lion n'est pas nécessairement bien pour un humain, à moins que tu n'aies l'intention d'enseigner ta morale aux lions?

Élève
Mais les lions ne sont pas des êtres moraux, bien sûr! Ils n'ont donc pas besoin de morale, que je sache.

Précepteur
Tu veux une morale universelle, ou tu veux te contenter d'une morale arbitraire qui ne convienne qu'aux seuls humains? En partant des découvertes de l'écosystématique tu peux obtenir une morale vraiment universelle, mais bien sûr elle s'appliquera aussi bien aux lions qu'aux humains, avec l'avantage qu'elle s'appliquera probablement aussi aux extra-terrestres le jour où nous entrerons en contact.

Élève
Tu veux dire que ta morale universelle est s'applique vraiment partout?

Précepteur
Minute! D'une part c'est pas ma morale universelle: si elle est universelle elle appartient nécessairement à tout le monde, donc c'est aussi ta morale universelle. D'autre part faudrait achever de définir cette morale. J'attends toujours ta définition corrigée du bien et du mal.

Élève
D'accord! Voici:
- Un acte est bien s'il favorise la vie (de l'écosystème, des espèces, des sociétés, des cultures, des individus).
- Un acte est mal s'il défavorise la vie (de l'écosystème, des espèces, des sociétés, des cultures, des individus).
- Sinon il est neutre.
- Et finalement, réduire la diversité c'est défavoriser la vie, augmenter la diversité c'est favoriser la vie.
Ça te va?

Précepteur
Très bien! Tu vois bien sûr que cela exige de juger tout acte sur ses conséquences: sur ses conséquences prévisibles si on doit en juger à l'avance (par exemple pour choisir d'effectuer ou non cet acte), sur ses conséquences effectives si on doit en juger par après. Autrement dit, un acte est bien, mal ou neutre en fonction de ses conséquences pour la vie.

Élève
Oui, bon, mais je ne vois pas en quoi ça permet de juger si chaparder une pomme dans le verger du voisin est bien ou mal.

Précepteur
Quelles sont les conséquences de cet acte?

Élève
Ben...
Le voisin est fâché, il a une pomme de moins dans les douze tonnes que lui rapporterait normalement son verger et le chapardeur a le plaisir de déguster une pomme délicieuse.

Précepteur
Tut-tut! Analyse bien incomplète! Regarde quelles sont toutes les conséquences de ce chapardage et vérifie pour chacune d'elle si elle favorise ou défavorise la vie et la diversité.

Élève
Ça devient plus sérieux, là!
- Le voisin est fâché, il va surveiller son verger avec une carabine chargée au gros sel, histoire d'apprendre à vivre au prochain candidat chapardeur. Le chapardage a donc endommagé le tissu social, les liens entre les membres de la communauté locale; il a défavorisé la vie de la société, c'est mal.
- Le voisin a une pomme de moins dans les douze tonnes que lui rapporterait normalement son verger, c'est pas ça qui va faire une différence sensible dans ses revenus; ça ne favorise ni ne défavorise la vie, c'est neutre.
oLe chapardeur se lèche les babines, tout heureux de l'aubaine, et pense que ce balourd de voisin ne l'attrapera jamais: il n'est pas de taille, hé-hé-hé! Le chapardeur s'imagine au-dessus des lois et règlements de la société, puisqu'il peut y déroger en toute impunité. Son chapardage endommage donc le tissu social en modifiant la perception qu'il a de ses liens avec les autres membres de la communauté locale; il défavorise la vie de la société, c'est mal.
Mmmmm... Je vois!
Avec deux "mal" pour un "neutre", les conséquences indiquent que chaparder une pomme dans le verger du voisin est mal. J'avoue que je n'avais jamais regardé le problème sous ce jour-là.

Précepteur
Voilà!
C'est un avantage important de cette morale: en faisant porter le jugement sur les conséquences des actes plutôt que sur une catégorisation à-priori des actes eux-même, cette morale universelle devient facile à comprendre et à utiliser.

Élève
Mais si le chapardeur avait été un mendiant pour qui cette pomme serait son seul repas de la journée?

Précepteur
Bonne question!
Tu peux y répondre toi-même, vas-y: qu'est-ce que cela change dans les conséquences de cet acte?

Élève
Ben...
- Le voisin est toujours fâché, avec les conséquences négatives pour la société, ça reste donc mal.
- La pomme de moins, ça reste neutre.
- Pour le mendiant, par contre, ça lui permet de se nourrir un jour de plus, ce qui favorise sa vie, donc c'est bien.
Un mal, un neutre, un bien. Est-ce que ça veut dire que c'est neutre?

Précepteur
Ça dépend du poids des conséquences de cet acte. Si c'est un grand bien pour un petit mal, ce chapardage était plus bien que mal. Si c'est un grand mal pour un petit bien, par contre, ce chapardage était plus mal que bien. Sinon, c'était neutre...
Mais ton analyse est insuffisante! Tu sembles avoir oublié que réussir son chapardage renforce la perception qu'a le chapardeur d'être au-dessus des lois, donc modifie ses relations avec la société de façon dommageable pour celle-ci, ce qui est mal. On parle donc de deux "mal", un "neutre" et un "bien", ce qui change un peu les choses.
Bien sûr, c'est une caricature, pas un exemple... Dans la réalité les actes des uns ne sont pas indépendants des actes des autres. Si le voisin mettait quelques pommes tombées mais encore belles à la disposition des chapardeurs potentiels, cela ne lui coûterait presque rien mais les conséquences seraient très différentes: pas de chapardage, donc pas de voisin fâché et pas de dommages au tissu social, c'est neutre; pas de pomme en moins dans le douze tonnes prévu, ce qui reste neutre; un chapardeur potentiel qui croque sa pomme en pensant que le voisin est décidément un type bien, donc un tissu social renforcé, ce qui favorise la vie de la société — un bien.

Élève
Je vois... Mais n'es-tu pas en train de me dire que c'est de la faute du voisin si des chapardeurs viennent lui faucher des pommes?

Précepteur
Il n'y a pas de notion de faute dans cette morale. Ni de culpabilité. Juste des actes, bons ou mauvais selon leurs conséquences pour la vie. Cette morale permet de juger les actes, pas les personnes. Maintenant, si le voisin appliquait le raisonnement que je viens de tenir et mettait quelques belles pommes tombées à la disposition des candidats-chapardeurs, il renforcerait le tissu social tout en s'évitant des problèmes de chapardage, ce qui serait bien. S'il le fait, il est responsable de cette amélioration de la vie communautaire locale tandis que s'il ne le fait pas il est responsable des problèmes de chapardage que cela lui cause... Donc même s'il n'y a pas faute, il y a certainement responsabilité.

Élève
Ah, la responsabilité! Tu insistes toujours là-dessus, ça doit être un point crucial de cette morale. Explique-moi comment ça marche, veux-tu? ''

Précepteur
C'est pas bien difficile! Dans la mesure où nous sommes libres de choisir nos actes, nous sommes aussi responsables de toutes leurs conséquences.

Élève
Tu as bien dit: "dans la mesure où nous sommes libres de choisir nos actes", est-ce que ça veut dire que tu es d'accord avec le juge qui a acquitté un violeur après que celui-ci eût plaidé qu'étant en état d'ébriété lors des faits, il était incapable à ce moment de comprendre la gravité de son geste et donc pas responsable de ses actes?

Précepteur
Certainement pas! Le type était libre de se saoûler ou pas. Il a choisi de se saoûler, ce qui l'a rendu temporairement incapable de réfléchir aux conséquences de ses actes, ok, mais contrairement à ce qu'a pensé ce juge, cela n'atténue en rien la responsabilité du type, bien au contraire! Il est responsable de s'être saoûlé et de toutes les conséquences de cet acte, il est donc responsable de la perte temporaire de son bon jugement, ainsi que de tous les actes qu'il a commis dans cet état de facultés affaiblies, y compris du viol dont il est accusé.
Le juge s'est clairement trompé dans cette affaire.

Élève
Ce jugement a en effet été renversé en cour d'appel, le juge d'appel tient pratiquement le même raisonnement que toi dans ses attendus.

Précepteur
Je vois qu'il y a encore des juges qui ont du bon sens... Ça fait plaisir à apprendre, tiens! :-)
Le premier juge a jugé sur l'intention, ce qui est toujours une erreur, alors que le juge d'appel a jugé sur la responsabilité, ce qui est bien plus sain.

Élève
Tu veux dire que l'intention dans laquelle un acte est commis n'a aucune importance?

Précepteur
En quoi est-ce que l'intention modifie les conséquences de l'acte? Et comme je juge l'acte seulement sur ses conséquences, il ne reste plus de place pour les intentions. Elles n'ont donc aucune importance, en effet. C'est bien ce qu'exprime le dicton "l'enfer est pavé de bonnes intentions".

Élève
Mais toi qui es toujours tendre, gentil et plein de compassion, comment peux-tu juger les gens sur des critères aussi sévères et impersonnels que la valeur morale des conséquences de leurs actes? Où sont ta compassion et ta compréhension là-dedans?

Précepteur
Qui parle de juger les gens? Cette morale ne permet pas de juger les gens, elle ne permet de juger du bien ou du mal que des actes. Juger une personne me paraît aberrant. Chaque personne est responsable de ses actes et de leurs conséquences. Quand elle commet un acte mauvais, il me semble normal d'exiger qu'elle répare le mal qu'elle a fait. Si ce mal est irréparable, il me semble logique d'exiger qu'elle le compense en faisant un bien au moins équivalent. Si elle refuse de réparer ou de compenser le mal qu'elle a fait, il me semble raisonnable de penser que cette personne est irresponsable (c'est à dire qu'elle refuse la responsabilité de ses propres actes et de leurs conséquences). Punir l'irresponsabilité me semble futile. Peut-être est-ce un problème neuro-psychologique qu'il y a moyen de soigner? Sinon je comprendrais qu'on la prive de liberté pour éviter qu'elle ne fasse d'autres dégâts.

Élève
Wow! Tu viens de remplacer d'un seul coup la notion de culpabilité par celle de responsabilité: tu juges du bien ou du mal d'un acte selon ses conséquences, puis si l'acte est mal tu tiens la personne qui l'a commis responsable de réparer ou compenser les dégâts causés... Très joli! Mais déterminer la responsabilité c'est compliqué, non? Si monsieur X, amant de madame Y, suggère à celle-ci de tuer son mari monsieur Z pour hériter de celui-ci et s'établir ensemble, puis que madame Y tue monsieur Z sans aide ni assistance de monsieur X, est-ce X ou Y qui est responsable de la mort de Z ou sont-ils solidairement responsables?

Précepteur
Regarde quels sont les actes et leurs conséquences, la réponse sera claire.
- Acte 1: X suggère à Y de tuer Z.
=> Conséquence: Y décide qu'il est bien de tuer Z pour son profit personnel, qu'il est normal de faire passer son profit avant la vie d'autrui; ce comportement est destructeur du tissu social et donc défavorable à la vie de la société; c'est mal.
=> Conséquence: Y tue Z; ce comportement est clairement défavorable à la vie de Z; c'est mal.
L'acte 1 est donc un mal.
- Acte 2: Y tue Z.
=> Conséquence: Z est mort, ce qui est clairement défavorable à la vie de Z et donc mal.
L'acte 2 est donc aussi un mal.
Y est clairement responsable de la mort de Z, pas de problème là.
X est responsable du comportement immoral de Y ainsi que du meutre de Z par Y (puisque le meutre de Z est une conséquence de l'acte 1), pas plus de problème ici, je pense... '

Élève
Je vois. Je comprends donc que tu es d'accord avec les juges de Nuremberg qui ont condamné les officiers allemands impliqués dans divers massacres, alors que ceux-ci prétendaient être innocents puisqu'ils n'avaient fait qu'obéir aux ordres, en bons soldats qu'ils étaient.

Précepteur
Dans l'ensemble, oui, je suis d'accord avec les juges de Nuremberg.
L'officier qui reçoit un ordre immoral de son supérieur peut s'objecter et même refuser de transmettre cet ordre à ses subordonnés. Bien sûr dans certains pays ce comportement moral peut s'avérer fatal, ce qui le rend particulièrement difficile à choisir...
Tu me feras remarquer qu'à part lors de missions humanitaires, le travail des militaires est rarement moral, ce qui est vrai.
Je te ferai remarquer qu'envoyer des militaires en mission humanitaire est une idée très récente, ce qui a pour effet que la majorité des militaires est encore très mal préparée pour ce genre de missions, d'où nombre de "regrettables incidents" où certains militaires en mission humanitaire se comportent de façon immorale.

Élève
Oui. Il y a une zone grise autour de la fonction militaire dans la société.
Mais revenons à un cas plus simple: X est en train de jogger dans un parc. Au croisement de deux chemins, un autre jogger, disons Y, jaillit de derrière un buisson. X et Y se cognent avant d'avoir pu réagir et tombent au sol. Malheureusement pour Y, il y a une pierre au mauvais endroit et il meurt, la nuque brisée (coup du lapin) avant que l'ambulance appelée par X sur son GSM n'arrive. Question: X s'est bel et bien cogné sur Y (même si c'est par accident) et Y en est mort. La mort de Y est donc une conséquence d'un acte de X et pourtant je ne parviens pas à accepter que X puisse être tenu pour responsable de la mort de Y.
Que dit la morale universelle dans ce cas-là?

Précepteur
Rappelle-toi ce que j'ai dit plus tôt: "dans la mesure où nous sommes libres de choisir nos actes, nous sommes aussi responsables de toutes leurs conséquences". X n'a pas eu le temps de s'écarter avant de se cogner contre Y. Il n'a donc pas été libre de choisir cet acte, ce qui fait qu'il n'est pas responsable de cette collision ni des conséquences d'icelle. Tu as dès lors parfaitement raison de ne pas tenir X responsable de la mort de Y: il n'en est vraiment pas responsable.

Élève
Voilà qui a bien du bon sens! Elle commence à me plaire, cette morale universelle. N'empêche qu'il y a un point qui me chicote encore: tu as bien dit que nous sommes responsables de toutes les conséquences de nos actes, prévues ou non. Me semble qu'il faudrait nuancer un brin cela, sans quoi on va se perdre dans un brouillard de responsabilités d'une rare opacité: si X montre à Y comment les grands tricheurs professionnels faisaient dans le temps pour toujours gagner aux cartes, puis que Y montre ça à Z, lequel décide alors de se monter un petit casino maison et de plumer ses voisins et amis en trichant aux cartes, X est-il responsable du comportement de Z?

Précepteur
Non, bien sûr! La responsabilité de X s'arrête là où celle de Y commence, c'est-à-dire au moment où Y décide de transmettre cette information à Z. De la même façon, la responsabilité de Y s'arrête là où celle de Z commence, c'est-à-dire au moment où Z décide d'utiliser cette information pour plumer voisins et amis. Z est donc seul responsable de ses actes et de leurs conséquences.

Élève
Décidément, cette morale universelle me plaît. Et comment l'appelles tu?'

Précepteur
Le réalisme ou la morale réaliste.

Reproduction et diffusion vivement recommandées sous couvert de la mention du copyright © 2004, ÉcoSystématica inc.

Le 26 juin 2005, un débat s'est poursuivi entre un "objecteur" et le précepteur...


Objecteur:
Je trouve certains côté surprenants. Du moins dans la première partie.
Ex : la science : comment ? la religion : pourquoi ? la philo : quoi ?
Ça me semble trop réducteur.
Qu'est-ce que la philo ? Newton n'était pas physicien ou astronome, il était Philosophe de la nature. Comme quoi le mot a changé de sens au cours des siècles. La philo cherchait bien dans ce cas là à expliquer le comment et peut-être aussi le pourquoi et le quoi.

Précepteur
Non. A l'époque de Newton, la science - au sens que nous donnons actuellement à ce mot: la fraction du savoir qui est testable par des expériences répétables - n'existait pas. Newton faisait de la philosophie naturelle. La science n'a défini ses critères de validation qu'après Newton; l'exigence de tests expérimentaux répétables est d'ailleurs ce qui l'a séparée de la philosophie et l'a confinée à la question "comment".

Objecteur:
La position du scientifique qui prétend rester objectif en observant les choses de l'extérieur est un leurre.

Précepteur
Le scientifique sérieux ne se prétend pas objectif, ce qui n'empêche que son travail scientifique est limité à la question "comment" par l'exigence de tests expérimentaux répétables. Lorsqu'un scientifique s'adresse à la question "quoi", il fait de la philosophie; lorsqu'il s'adresse à la question "pourquoi", il fait de la religion. Bien sûr c'est la même personne dans les 3 cas, mais cela n'empêche pas qu'il s'agisse de 3 domaines distincts. J'ai expliqué la distinction (très récente) entre science et philosophie; pour la distinction (bien plus ancienne) entre philosophie et religion, je cède volontiers la parole à un philosophe.

Objecteur:
Le scientifique (ou le chercheur) fait partie du "comment" et également du "pourquoi".

Précepteur
Bien entendu, mais que le scientifique soit partie prenante de ce qu'il observe ne change pas l'exigence scientifique de tests expérimentaux répétables (noter que ces tests doivent pouvoir réfuter les hypothèses testées si celles-ci sont fausses), or c'est cette exigence qui distingue la science de la philosophie et de la religion. Cette distinction est caractéristique du domaine de recherche, pas du chercheur.

Objecteur:
La séparation entre pourquoi et comment est aussi un leurre.

Précepteur
Non. Elle est bel et bien pratique. Explique-moi quels tests expérimentaux répétables permettent de vérifier l'hypothèse de l'existence de Dieu, par exemple. Il n'y en a aucun. Toute hypothèse de réponse à la question "pourquoi le multivers existe-t-il?" ou à toute autre question "pourquoi X?" est non- testable. Exemple: "Pourquoi ai-je choisi de manger une tartine à la confiture de fraises ce matin?" Quels tests expérimentaux répétables vas-tu créer pour valider ton hypothèse que j'ai fait ce choix parce que j'aime les fraises ou ton autre hypothèse que j'ai fait ce choix parce que je voulais vider le petit fond de confiture de fraises qui restait dans le pot afin de pouvoir retirer celui-ci du frigo et le nettoyer?

Objecteur:
Le système univers est un tout global et la pensée agit sur le processus lui-même.

Précepteur
Ce qui ne change pas que les sciences exigent des tests expérimentaux répétables alors que les philosophies et les religions ne le font pas.

Objecteur:
La scission entre Science et philo (comment et pourquoi) me semble être une approche réductrice et bloquante.

Précepteur
Je pense que cette impression te vient du fait que tu ne vois pas clairement que la différence entre ces deux domaines est uniquement l'exigence de testabilité expérimentale répétable.

Objecteur:
Peu de scientifique, d'ailleurs, peuvent résister à se poser la question du pourquoi. Ceux qui arrivent à éluder cette question sont la plupart du temps des matérialistes pur jus dont l'ouverture d'esprit n'est pas le point fort.

Précepteur
Rien n'empêche un scientifique de faire aussi de la philosophie, à condition de ne pas essayer de mélanger les critères de validité de ces deux domaines.
J'irai plus loin et je dirai que le scientifique qui ne fait pas de philosophie se fourvoie: la réalité n'est pas formée uniquement de "comment", elle comprend aussi le "quoi" et le "pourquoi". Tout être humain (donc aussi tout scientifique) se doit de considérer ces 3 domaines dans sa pensée et donc aussi son travail.

Objecteur:
Cette interrogation sur le "pourquoi" peut même être la principale source d'inspiration de certains scientifiques (Pascal, Newton, Leibnitz, etc)
De plus, auncun philosophe (au sens moderne du terme) ne peut faire l'impasse sur le "comment". Tout est lié. La plupart des grands philosophe sont des scientifiques, etc…

PrécepteurCe qui ne change absolument rien au fait que la science se distingue
de la philososphie par l'exigence de tests expérimentaux répétables.
_
_Objecteur: __
Bref, ce discours ne m'éclaire pas, il me brouille la vue. Le compartimentage de la connaissance en petits mondes clos qui se regarderaient les uns les autres à la lorgnette en n'observant l'univers que sous un seul aspect et en échangeant éventuellement quelque signal, n'ouvre pas de grandes perspectives, à mon sens.

Précepteur
Ce compartimentage que tu vois est un effet du "diviser pour régner" que pratiquent ceux qui dirigent nos sociétés. La distinction entre les divers domaines de la connaissance (religion, philo, science, art, ...) n'exige aucunement ce compartimentage. Il ne provient que de pressions sociales imputables à ceux qui pilotent nos sociétés à leur unique avantage.

Objecteur:
Autre chose : "Le bien c'est tout ce qui favorise le fonctionnement de la société et le mal c'est tout ce qui le défavorise" me paraît un peu simpliste. Ex la guerre et le conflit favorisent une société basée sur la guerre et le conflit.
Le surarmement favorise le fonctionnement d'une société guerrière, etc.
Est-ce que s'armer de façon compulsive est bien ? Est-ce moral ?
On peut multiplier les exemple de ce type.

Précepteur
Tu devrais lire plus attentivement:
En fait, le bien c'est tout ce qui favorise le fonctionnement de la société et le mal c'est tout ce qui le défavorise. Ce qui fait que le bien et le mal varient d'une société à l'autre, chose qui ne simplifie pas la coexistence pacifique de sociétés différentes.
La réponse à ta question est donc: oui, ceux qui faconnent nos sociétés leur imposent actuellement une morale dans laquelle il est bien de se surarmer, de s'armer de façon compulsive, etc. L'américain moyen (c-à-d: l'électeur de Bush) considère presque immoral de circuler sans une arme et considère parfaitement moral d'aller tuer des irakiens sous prétexte de se protéger soi-même, alors même que l'Irak n'a jamais eu la moindre possibilité ni la moindre velléité de le mettre en danger, lui...

C'est donc précisément la définition pratique actuelle du bien et du mal dans nos sociétés, ce qui ne veut pas dire que le précepteur approuve cette définition. En fait le précepteur amène l'élève à s'interroger plus avant et à découvrir (plus loin dans le texte) une meilleure définition du bien et du mal, donc une meilleure morale.

Objecteur:
Autre chose encore : le texte dit en substance "la morale… En quelque sorte, c'est le contrat de base qui lie les membres de la société : s'ils ne respectent pas les termes de ce contrat, s'ils n'obéissent plus à ces règles, la société s'effondre."

Il existe d'autres contrats de base qui lient les membres d'une société : la constitution, la loi, la jurisprudence, etc…
Qui vient en premier, la morale ou la loi (qui peut être une loi orale) ? Il me semble que personne ne peut répondre avec certitude aujourd'hui à cette question.

Précepteur
Oh, si, c'est extrêmement simple!
La morale passe avant la loi, parce que la loi change tout le temps, (la constitution aussi, quoique moins souvent) et la société continue à fonctionner, alors que lorsque la morale change, la société s'effondre.
On le voit fort bien avec les bouleversements dans les sociétés africaines, par exemple, où l'imposition de la morale occidentale fait s'effondrer des sociétés pourtant millénaires, alors même que les lois importées de l'occident n'arrivent pas encore à s'imposer...

Objecteur:
Le plus intéressant, à mon sens, ce sont les quatre lois.
Pour moi, l'essentiel est là et c'est *très fort* :
1. Les comportements favorables à la vie des membres du groupe augmentent à long terme la robustesse et le succès de celui-ci.
2. Les comportements sélectifs, c-à-d: favorables à la vie d'une partie des membres du groupe au détriment des autres réduisent à long terme la robustesse et le succès du groupe.
3. Les comportements favorables à la vie du reste de l'écosystème augmentent à long terme la robustesse et le succès du groupe.
4. La diversité tant du groupe que de l'écosystème est intimement liée à sa robustesse: augmenter la diversité c'est favoriser la vie; réduire la diversité c'est défavoriser la vie.

Précepteur
En fait, c'est le fondement de la morale réaliste proposée dans ce texte comme remplacement pour les "morales" actuelles.

Objecteur:
Ce qui précède ces "lois" est trop sommaire pour être utile, à mon avis.

PrécepteurNormal: ce qui précède est une description de l'état actuel.
La prescription commence avec ces 4 "lois".

Objecteur:
Ces quatre lois, me font un peu penser aux lois de la robotique (Asimov). Grande trouvaille :
Loi 1) Un robot ne peut pas nuire à un humain ou, restant passif, laisser un humain en danger.
Loi 2) Un robot doit toujours obéir à un être humain, à moins que cet ordre soit contraire à la Première loi.
Loi 3) Un robot doit se protéger lui-même, à moins que cela n'aille à l'encontre de la Première et/ou de la Deuxième loi.

Voilà qq chose de Beau. Parce que c'est simple = accessible à tout le monde et applicable simplement.

Il suffit presque de remplacer "robot" par "être humain" et "être humain" par "groupe" dans les 3 lois d'Asimov pour retrouver l'idée des 4 lois de la morale réaliste.

C'est quelque chose comme ça qu'il nous faut en guise de constitution !!!!
Pas 482 articles incompréhensibles.

Précepteur
Bien d'accord.
Mais alors faut rester cohérent et définir le bien et le mal à partir de ces 4 "lois" (il vaudrait mieux dire 4 principes):
  • Un acte est bien s'il favorise la vie (de l'écosystème, des espèces, des sociétés, des cultures, des individus).
  • Un acte est mal s'il défavorise la vie (de l'écosystème, des espèces, des sociétés, des cultures, des individus).
  • Sinon il est neutre.
  • Et finalement, réduire la diversité c'est défavoriser la vie, augmenter la diversité c'est favoriser la vie.

Et ne pas oublier cette idée bien pratique:
  • en faisant porter le jugement sur les conséquences des actes plutôt que sur une catégorisation à-priori des actes eux-même, cette morale devient facile à comprendre et à utiliser.

Ni celle-ci, en deux morceaux:
  • Dans la mesure où nous sommes libres de choisir nos actes, nous sommes aussi responsables de toutes leurs conséquences.
  • Cette morale ne permet pas de juger les gens, elle ne permet de juger du bien ou du mal que des actes. Juger une personne me paraît aberrant. Chaque personne est responsable de ses actes et de leurs conséquences. Quand elle commet un acte mauvais, il me semble normal d'exiger qu'elle répare le mal qu'elle a fait. Si ce mal est irréparable, il me semble logique d'exiger qu'elle le compense en faisant un bien au moins équivalent. Si elle refuse de réparer ou de compenser le mal qu'elle a fait, il me semble raisonnable de penser que cette personne est irresponsable (c'est à dire qu'elle refuse la responsabilité de ses propres actes et de leurs conséquences). Punir l'irresponsabilité me semble futile.
Peut-être est-ce un problème neuro-psychologique qu'il y a moyen de soigner? Sinon je comprendrais qu'on la prive de liberté pour éviter qu'elle ne fasse d'autres dégâts.

Objecteur:
Une vraie idée à inclure dans nos compréhensions.
Ceci dit, on peut toujours se poser certaines questions au sujet de ces quatres lois :
- Sur le 2) de la morale réaliste : Comment gère-t-on les rivalités entre groupe ? car pour l'instant, il n'existe pas, sauf sous forme théorique et c'est là notre problème, un seul groupe homogène "êtres humains de la planète Terre".
Précepteur
Le problème des rivalités, que ce soit entre groupes ou entre individus, est un cas particulier du problème des actes:
  • Un acte est bien s'il favorise la vie (de l'écosystème, des espèces, des sociétés, des cultures, des individus).
  • Un acte est mal s'il défavorise la vie (de l'écosystème, des espèces, des sociétés, des cultures, des individus).
  • Sinon il est neutre.
  • Et finalement, réduire la diversité c'est défavoriser la vie, augmenter la diversité c'est favoriser la vie.

Les conflits, les rivalités entre groupes ou entre individus défavorisent nettement la vie (les morts du champ de bataille ne peuvent plus agir ni se reproduire, que je sache) -> c'est mal. De plus, les rivalités entre groupes tendent/visent à l'élimination d'un groupe par l'autre, ce qui réduit la diversité, donc défavorise la vie -> c'est mal.
Le groupe humain n'a nul besoin d'être homogène pour qu'on puisse lui appliquer cette morale. Si c'était le cas, elle ne pourrait pas prétendre à l'universalité.

Objecteur:
sur le 3) : Qu'est-ce que "la vie du reste de l'écosystème" ? Sans compréhension claire de ce que ceci recoupe (définition), le 3) est inapplicable.

Précepteur
Tu t'es arrêté trop tôt dans ta lecture. La version finale de cette morale est beaucoup plus explicite:
  • Un acte est bien s'il favorise la vie (de l'écosystème, des espèces, des sociétés, des cultures, des individus).
  • Un acte est mal s'il défavorise la vie (de l'écosystème, des espèces, des sociétés, des cultures, des individus).
  • Sinon il est neutre.
  • Et finalement, réduire la diversité c'est défavoriser la vie, augmenter la diversité c'est favoriser la vie.

Ce qui est bien ou mal est tout-à-fait explicite ici, non?

Objecteur:
Ex : Que fait-on du virus du Sida ?

Précepteur
La dissémination du virus du Sida est clairement défavorable à la vie de l'espèce humaine, des sociétés humaines et des gens atteints
par ce virus. Sa dissémination est un mal, son élimination est un bien (mais faut évaluer toutes les conséquences). Il est clair que travailler à trouver une façon de guérir le Sida est un bien, par exemple.

Objecteur:
Que fait-on des invasions de sauterelles ?

Précepteur
Lutter pour supprimer les invasions de sauterelles est clairement un bien, vu que cela favoriserait la vie de la végétation et des animaux et humains qui en dépendent dans les zones ravagées.
Par contre supprimer totalement les sauterelles ne serait peut-être pas un bien (faut voir toutes les conséquences). Peut-être que favoriser la vie de prédateurs de sauterelles dans les régions où se forment les grands groupes qui font ces invasions serait une action efficace pour supprimer les invasions sans supprimer les sauterelles, ce qui serait probablement un bien.

Objecteur:
Des vers dans les pommes ?……

PrécepteurMême idée: étudier les conséquences de leur élimination partielle ou complète dans les pommicultures nous permettrait de déterminer si cette élimination serait un bien (c'est probable), mais il faut aussi déterminer si leur élimination hors des pommicultures serait aussi un bien (c'est peu probable) ou si le contrôle efficace de leur population (en favorisant une prédation sélective, par exemple) serait un bien (c'est plausible).

Objecteur:
Le 4) est plus problématique : Il me semble que les dernières avancées en matière de paléontologie et sciences liées, tendent à montrer que la diversité biologique des planètes, dans ce processus qu'est l'univers, tend à diminuer et non à augmenter.
Depuis l'explosion du Cambrien, le nombre des espèces n'a cessé de diminuer. Même chez les mammifères dont la spéciation a été, vers la fin du crétacé, explosive (selon certaines sources).
Cela ne semble pas dû uniquement aux extinctions en masse (notamment celle située entre le Permien et le Trias qui a vu 95 à 97 % des espèces marines et, chose unique dans l'histoire, env 85% des espèces d'insecte disparaître, ni celle de la fin du Crétacé qui a vu la disparition des Dinosaures).
La diminution de la diversité biologique, semble être un phénomène "utile" au processus univers.

Précepteur
Ne pas confondre phénomène courant et phénomène utile.
L'augmentation de l'entropie dans l'univers est *le* phénomène le plus courant (en fait, il domine tout le reste, et de très loin), pourtant, ce sont sans doute les phénomènes néguentropiques (beaucoup plus rares) qui sont la "raison d'être" de l'univers, qui sont les phénomènes "utiles" dans l'univers.

Sur une hypothétique planète biologiquement moins diverse que la Terre, l'extinction à la frontière Permien/Trias aurait possiblement supprimé la totalité des espèces multicellulaires et l'évolution aurait dû reprendre à un niveau bien plus primitif que ce qui s'est passé chez nous.
On peut arguer très scientifiquement que c'est grâce à l'énorme biodiversité de la fin du Permien que la vie évoluée a pu subsister sur Terre et reprendre le cours de l'évolution sans grand retard.

Pour la disparition catastrophique des Dinosaures à la fin du Crétacé, on peut observer que leur biodiversité s'était fortement réduite durant les derniers millions d'années qui ont précédé l'impact fatal.
Certains paléontologues ont même voulu voir dans l'impact cométaire qui a détruit les dinosaures le dernier clou de leur cercueil et pensent que les dinosaures étaient en voie de disparition à cette époque, vu la réduction drastique du nombre d'espèces différentes avant la catastrophe.

Les généticiens argueront d'ailleurs que la reproduction sexuée est un processus complexe, coûteux et aléatoire dont le maintien depuis son apparition dans l'évolution ne peut s'expliquer que s'il apporte un bénéfice réellement crucial aux espèces affectées. Ils te diront aussi que le seul bénéfice qu'apporte ce mode de reproduction, c'est une augmentation gigantesque du potentiel de diversité génétique des espèces affectées.

Ceci permet de penser que la diversité a toujours été et est encore une stratégie gagnante du point de vue de l'évolution.
Je pense surtout que tu n'aurais pas dû t'arrêter à cet énoncé de 4 "lois" provenant de l'écosystématique, mais continuer ta lecture et te pencher plutôt sur l'énoncé final de cette morale réaliste et les explications attenantes (je pense que remplacer la notion de culpabilité par la notion de responsabilité, puis exiger réparation ou compensation plutôt que punition, par exemple, n'est pas banal - de même, ne juger que les actes, jamais les gens, ne me paraît pas non plus être une banalité - exiger de juger les actes sur leurs conséquences (prévisibles ou effectives) et définir le bien et le mal d'un acte par l'effet bénéfique ou maléfique sur la vie )et donc aussi la diversité) me paraît tout aussi important.
Rien de tout cela n'est vraiment nouveau, c'est vrai, mais la morale résultant de la fusion de ces idées existantes me paraît avoir un intérêt en soi, et l'exposer sous forme d'un dialogue philosophique ou - mieux - poético-philosophique me paraît une démarche intéressante, bien que je suppose qu'il y a moyen de faire beaucoup mieux.

Créé par: AJH Dernière modification: Mercredi 07 de Mai, 2008 09:00:39 CEST par AJH


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