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Projet Ecoocivique p3

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Deuxième partie




La société écoocivique:

organisation politique et économique,

mode de gestion des ressources

Organisation politique

Structure générale

Les limites de l'utopie réalisable

L'écoocivisme se veut une utopie réalisable. Or, dans son essai, Yona Friedman8 nous convainc que l'utopie réalisable possède une limite (elle en possède d'autres, mais c'est celle qui nous concerne au premier chef ici), qui est celle de ce qu'il appelle le "groupe critique". Le groupe critique dépend essentiellement de deux caractéristiques, propres à l'espèce, qui sont la valence et la capacité de canal. La valence traduit le nombre de sujets auxquels un individu peut porter simultanément attention. La capacité de canal définit la vitesse et la qualité de la transmission d'une information au sein de la société, autrement dit, la transmission de l'influence d'un individu donné sur ses congénères, et en particulier sur ceux avec qui il n'est pas personnellement et directement en contact. Plus la valence et la capacité de canal sont faibles, plus le groupe critique est petit (dans l'absolu, un autre paramètre entre en jeu, qui est la vitesse de réaction, soit une notion de temps disponible pour transmettre l'information. Nous sommes convenu que dans notre cas, le temps nous est compté, aussi devons nous prendre une vitesse de réaction très petite, ce qui nous place dans le cas du groupe critique le plus petit).

La caractéristique du groupe critique est que, au delà d'un nombre de participants égal à la taille du groupe critique, la société n'est plus stable. Les deux voies sont alors soit une modification profonde de la structure ou des règles sociales, afin d'augmenter la taille du groupe critique, soit la scission de celui-ci en deux groupes de taille sous-critique. Notre société mondialisée actuelle, dans le cadre de la théorie de Friedman, est une société qui a cherché à conserver sa structure en forçant les modifications sociales les plus à même d'augmenter la taille critique du groupe; pour y parvenir, elle a essentiellement modifié les positions sociales, et en particulier rejeté de plus en plus de personnes vers la frontière avec les objets. En effet, toujours selon Friedman et en résumant, une société, composée de personnes et d'objets, peut augmenter sa taille critique en réduisant la position sociale de nombre de ses constituants, car cela conduit à pouvoir "négliger" les désirs et la volonté propres des constituants les plus mal situés. Considérés comme des objets fonctionnels sans volonté, ces constituants réduisent alors le nombre de "participants effectifs" à la société, ce qui permettrait d'en conserver la structure tout en en augmentant la taille.

C'est exactement ce que l'on observe aujourd'hui, à savoir une minorité de puissants qui constituent à eux seul un groupe sous-critique, chapeautant une immense majorité d'"autres", parmi lesquels des milliards de personnes traitées comme des objets. Attention, il ne s'agit pas ici d'un jugement de valeur sur le regard que les puissants en question portent sur leurs semblables, mais du comportement objectif de la gouvernance appliquée; les désirs et la volonté de la majorité des humains ne compte tout simplement pas, ils n'ont aucune influence sur la direction de la société, ils ont autant d'importance que des objets. Parallèlement, les "dirigeants" sont de plus en plus loin de la réalité objective des gouvernés, et constituent un "club" qui est une société stable en elle-même, dont l'objet, selon Friedman, serait de s'agiter dans un domaine où ils ont encore une certaine chance de succès, et appelé "politique étrangère". De fait, la politique étrangère concerne quelques milliers de personnes, qui agissent au nom d'entités-objets appelées "nations", sur lesquelles ils n'ont en réalité aucune influence, mais qui ne sont pas vraiment capables non plus de les contredire.

En poursuivant la lecture de la théorie de Friedman, il apparaît que la dépendance de la société à ses élément sociaux les plus bas augmente avec la baisse de l'influence de ceux-ci sur le reste de la société. Autrement dit, moins un constituant est influent (i.e.: il ne peut pas faire changer le comportement des autres), plus les autres sont dépendants de ce constituant pour assurer leur propre position sociale. La moindre modification dans la position ou le statut, voire le fonctionnement, du groupe de constituants les plus bas entraîne donc une série de modifications profondes dans la structure sus-jacente. Autrement dit, plus une société comporte de constituants très mal situés sur l'échelle sociale, moins elle est stable.

En conclusion, Yona Friedman nous invite à reconsidérer complètement notre vision occidentalisante de "l'utopie universaliste", et nous assure que la voie est bien plus fertile et prometteuse si nous cherchons à créer une juxtaposition d'utopie réalisables, qui seraient autant de groupes sous-critiques et stables vivant chacun son utopie. Il n'exclut pas par contre la possibilité d'une structure mondiale de gouvernance, qui se limite, dans son exposé, à la gérance d'un réseau de communication susceptible de favoriser les échanges économiques, culturel et migratoires entres les sociétés locales, afin de leur permettre de régler leurs différents internes de la manière la plus appropriée (accès à des ressources non disponibles en leur sein, émigration des entités en désaccord plutôt que cohabitation explosive, etc.).





Le réseaux des réseaux

Le but de l'écoocivisme sera donc de proposer une base commune universelle, avec de nombreuses possibilité d'applications diverses, et c'est pourquoi toutes les propositions du présent ouvrage qui traitent de cas d'application sont proposées comme des "possibilités". En effet, de la lecture du paragraphe précédent, il ressort que l'établissement d'une structure organisationnelle égalitaire unique pour six, sept ou plus milliards d'individus est impossible. Par contre, rien n'empêche de penser à une structure en réseau de réseaux, au sein de laquelle une combinaison des schémas sociaux hiérarchiques et égalitaires9 serait utilisée. La structure générale de la société ainsi constituée est une juxtaposition de groupes locaux sous-critiques, avec chacun ses variantes culturelles propres, adaptées aux conditions locales. Toutes sont reliées entre elles, et s'influencent mutuellement, par le biais d'un réseau commun, qui constitue le plus petit commun dénominateur de toutes les sociétés.

Les décisions globales nécessaires à la survie de l'espèce sont prises au niveau de la gouvernance du réseau global, et relayées, selon une structure hiérarchique, aux réseaux locaux, qui eux fonctionnent sur le mode égalitaire. Bien sûr, les réseaux locaux ne sont pas formellement isolés, et chacun peut influencer les autres, dans une structure concurrente à la structure hiérarchique, mais avec une vitesse de réaction bien plus lente. Autrement dit, l'innovation pour le futur (générations, siècles) vient des réseaux et de leurs influences mutuelles. Le pilotage raisonné à court et moyen termes (mois, années, décennies) vient de la structure hiérarchique, qui prend ici le rôle de la structure gestionnaire des communications de Friedman. Pour parvenir à cet équilibre, chaque être humain doit comprendre et accepter un contrat moral, qui peut parfaitement être contenu dans l'énoncé d'une utopie réalisable, contrat qui le lie à la structure sociale dont il fait partie, et dont le contenu doit être assez consensuel pour entraîner l'adhésion de toute personne honnête et réfléchie.

L'écoocivisme se veut un tel contrat, dont l'application multiple, par des cultures multiples, sera l'expression globalisée. L'expression des particularités locales se fait en toute liberté, tant et aussi longtemps qu'aucune pratique du groupe ne viole les principes fondateurs du contrat moral. De plus, l'expression des particularités peut parfaitement être non localisée; par suite du développement des réseaux de communication, il est envisageable de voir se développer des communautés virtuelles, menant chacune la construction de leur propre utopie dans le cadre du contrat moral commun, à travers des échanges essentiellement numériques. En réalité, c'est très exactement ce que l'on voit aujourd'hui sur Internet, où des milliers de sites particuliers ou associatifs proposent des actions et des changements culturels dans le cadre d'un nouveau contrat moral qui peut se résumer à ceci "Respectons la Terre, pour mieux vivre demain tous ensemble".

Le risque qui existe à propos de ces micro-sociétés égalitaires est que leur structure égalitaire repose à 100% sur un groupe d'objet, ou un objet-symbole unique, qui est l'ordinateur, le réseau Internet. Cet objet-symbole représente la totalité des constituants de très faibles positions sociales de la société, constituants dont nous avons vu que, s'ils n'ont aucune influence sur la société elle-même, ils provoquent une extrême dépendance de la société vis-à-vis d'eux. Les sociétés écoociviques auront le même problème, du fait que la base de la cohérence inter-sociétés est un contrat économique identique, qui permet aux sociétés d'interagir sur le même mode, tout en restant dans le cadre du respect environnemental et social inclus dans le contrat moral. La gestion de l'économie écoocivique impose l'usage de l'informatique, seule à même de traiter "en temps réel" les milliards d'informations circulant à propos de l'économie. Le réseaux devient alors un constituant de la société très particulier, puisqu'il possède à lui seul l'essentiel de la valence de la société (dans le domaine économique tout au moins), tout en ayant la position sociale la plus basse. Il concentre donc les deux caractéristiques sur lesquelles chaque réseau écoocivique peut compter pour augmenter la taille de son groupe critique. De ce fait, les sociétés écoociviques sont extrêmement dépendantes de l'informatique. Si l'objet "réseau informatique" dysfonctionne ou cesse de fonctionner, c'est toute la stabilité de la société écoocivique qui est remise en question, avec obligation d'éclater immédiatement en groupes de taille sous-critique.

Par suite, nous devons penser le réseau économique écoocivique comme une juxtaposition de réseaux locaux rassemblant un nombre d'individus tel que, même sans le raccordement au réseau informatique, ce groupe puisse fonctionner en mode local uniquement. En temps normal, l'économie de chaque groupe local est connectée au groupe de taille supérieure, qui supervise, dans une relation égalitaire au sein du réseau sociétal, la bonne marche économique de la société écoocivique considérée. Les sociétés écoociviques sont elles-mêmes chapeautées et orientées dans les directions les plus appropriées par le réseau supérieur, dans une relation hiérarchique (vitesse de réaction rapide). Les rétroactions des sociétés écoociviques sur le réseau hiérarchique se font par les influences mutuelles entre sociétés et l'innovation, à long terme (vitesse de réaction lente).

Ce mode structurel permet de multiplier les expériences et les innovations, tout en maintenant un cap général qui est celui défini par les besoins et les réalités planétaires, en particulier dans la bonne gouvernance des ressources. Il permet aussi l'application d'un contrat moral unique, dont la multiplicité des sociétés applicantes garantit la pérennité, puisque le contrôle sur le contenu et sur la manière d'appliquer le contrat ne sont pas aux mains d'un seul groupe (utopie non paternaliste dans la théorie de Friedman). Enfin, il autorise le recours à un objet de très haute valence et très bas niveau social, mais créant une forte dépendance de chaque société à lui-même; par la multiplication des expériences, la défaillance d'un noeud du réseau, à quelque niveau que ce soit, ne met pas en danger le fonctionnement de l'ensemble, qui peut se concevoir comme un amas de cellules collaborant pour une meilleure efficacité, mais dont la collaboration n'est pas obligatoire pour la survie.

Structure décisionnelle et de gouvernance

La structure de gouvernance est évidemment calquée sur la structure du réseau économique, puisque nous avons admis que l'économie est une des clés de l'avenir, en particulier dans la forme et la nature des échanges qu'elle induit, ainsi que par la valeur morale qu'elle permet d'attribuer au travail, et donc par l'épanouissement qu'elle autorise à chacun. La structure est également double, puisqu'il nous faut répondre aux exigences d'une société localement égalitaire en ce qui concerne les expériences écoociviques, et globalement hiérarchique, pour assurer une gouvernance planétaire raisonnée.





Les cellules communales

Bien que, à ce niveau, toutes les structures soient permises qui respectent le contrat moral écoocivique, nous pouvons proposer une esquisse de ce que serait une société écoocivique type. Les premières structures organisationnelles y sont de taille modeste, de l'ordre de quelques centaines de milliers à un million de personnes, et elles-mêmes constituées de sous-unités auto-gérées de la taille actuelle de nos communes et villages. Les communes ont toute latitude pour organiser leur vie politique, et surtout pour satisfaire aux besoins primordiaux par la gestion raisonnée, dans le cadre du contrat moral, de leur territoire. Autrement dit, les communes doivent trouver un moyen de nourrir, désaltérer, loger et vêtir tous leurs habitants. Ce premier niveau est indispensable, car il permet d'assurer la vie de tous les habitants, même en cas de panne ou de défaillance généralisée de l'objet "réseau informatique". C'est le niveau de la cellule de survie, susceptible d'être gérée sans ordinateur, le niveau de la relation humaine directe.

Du point de vue hiérarchique, les instances dirigeantes de la commune (conseil local élu, démocratie participative ou représentative, conseil de sage ou des anciens, peu importe: toutes les options sont possibles) sont en relation avec le niveau supérieur, pour la diffusion des décisions hiérarchiques auprès de la population, et le relais en rétro-action des besoins de cette même population. La commune héberge aussi, au besoin, des antennes de la structure hiérarchique concernant la collecte d'information de nature à influencer les prises de décisions planétaires (population, état des ressources, niveau de la mer, etc).





Les noeuds régionaux

Le niveau immédiatement au dessus est de la taille de nos régions, et doit assurer, à travers l'utilisation de l'informatique, la gestion des paramètres de l'équilibre monétaire. Les niveaux régionaux sont les noeuds du réseau écoomonétaire mondial. Du point de vue de la gestion écoomonétaire, chaque noeud est un ensemble auto suffisant en cas de crise (perte de contact avec ses voisins, panne sur lui-même). Si la panne est ailleurs, le noeud continue à fonctionner sans prendre en compte les données du noeud défaillant. Inversement, si le noeud est l'élément touché, le reste du réseau fonctionne sans lui. Et bien sûr, rappelons-le, à l'intérieur du noeud, les communes continuent d'assurer, de manière autonome, la gestion de la survie des humains.

Le noeud régional a aussi pour rôle d'établir une première coordination de la gestion des ressources primaires, et en particulier les ressources en eau, énergie, communication, et des ressources primordiales que sont l'éducation et la santé.

Le noeud s'occupe également de répercuter au niveau hiérarchique supérieur les bilans de la région pour ces ressources primaires (gains, déficit, prévisions), et de transmettre les informations sur l'état du noeud (population, production, état des ressources, etc). Il répercute vers les communes les décisions de l'appareil hiérarchique.

Nous renvoyons le lecteur à l'annexe 2 pour un essai de formalisation de la structure de régulation de l'équilibre écomonétaire dans un cadre d'architecture en "intelligence collective".





Les nations écoociviques

Dans la société écoocivique mondialisée, la notion de "nation" n'a pas le même sens que de nos jours. En effet, une "nation écoocivique" est un noeud ou une collection de noeuds, contigus ou non, qui ont pris la décision de mettre en commun certaines forces, ou bien de pallier ensemble à certaines faiblesses. Ces noeuds fondent donc, dans le cadre du contrat moral, et sous la direction générale du niveau hiérarchique supérieur pour les domaines entrant dans sa compétence, une entité de gouvernance. Cette dernière se dote des moyens de son gouvernement, selon les désirs de ses populations. Elle se dote d'une constitution portant en préambule la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, et s'engage à respecter le contrat moral écoocivique.

Chaque noeud peut appartenir à plusieurs nations, même si dans l'absolu, appartenir à plus de deux ou trois nations de cultures relativement différentes devrait être difficile à gérer. Inversement, un noeud peut, sur décision soumise au vote référendaire, quitter une nation à tout moment. Les nations ont pour objectif, toujours dans le cadre du contrat moral, de favoriser l'épanouissement des populations, en évitant des créations redondantes d'infrastructures, en permettant une meilleure diffusion du savoir et une meilleure formation des spécialistes, en créant des réseaux de communication et d'influence mutuelles, toujours féconds pour l'innovation, etc.





Le niveau hiérarchique supérieur

Les attributions du niveau hiérarchique supérieur sont de conduire les noeuds régionaux dans la meilleure direction possible, compte tenu des informations disponibles sur l'état de l'environnement et des indices économiques de chacun des noeuds. Il doit aussi décider des flux de ressources primaires et organiser au mieux la production des industries lourdes. Il doit enfin faire évoluer les connaissances sur les grands cycles biogéochimiques, afin d'être toujours à même de conseiller au mieux les niveaux inférieurs sur la meilleure politique en matière de gestion environnementale. L'essentiel de ces décisions se traduisent par l'ajustement des indices de sociétalité des productions, par catégories (par exemple, si il s'avère que la ressource halieutique diminue, l'ensemble des indices de sociétalité des activités liées à la pêche hauturière seront diminués simultanément sur l'ensemble des noeuds, que ce soit pour la fabrication de filets ou sur la vente au détail de poisson de haute mer). Parfois, des décisions plus drastiques peuvent être prises, comme la création et l'ajustement de quotas ou l'interdiction de certaines activités ou certains produits spécifiques.

La structure hiérarchique supérieure est donc essentiellement un organe technocratique de gestion raisonnée des ressources, et c'est pourquoi nous nous refusons ici à la nommer "gouvernement mondial", ou quelque autre dénomination de cette nature. Elle est constituée de spécialistes dans leurs domaines, qui sont élus par leurs pairs, et qui doivent intégrer, avec la collaboration de toute personne compétente et volontaire, les données scientifiques pertinentes à la gestion de chaque ressource. Elle comporte aussi un organe de veille environnemental, dont le rôle est de mesurer en permanence les paramètres physiques de la planète, afin de détecter toute anomalie et de pouvoir réagir, si besoin, avant que ne survienne une catastrophe (trou dans la couche d'ozone, acidification de l'océan, réchauffement climatique, etc). La structure hiérarchique supérieure a le pouvoir de décider de moratoires sur toute technique qui se révélerait porteuse de risque pour l'environnement et/ou les populations, et de mener en toute indépendance des recherches permettant de définir et quantifier ce risque. Elle doit pour cela se reposer sur les avis de toute entité indépendante qui mènerait, pour elle même ou pour contester celle d'autres organismes, de telles recherches.

Enfin, sur la base d'arguments fondés, elle peut proposer à la communauté des nations écoociviques des modifications de la charte de gouvernance, dans le but de préparer l'avenir. Après débat, les modifications sont acceptées si un consensus des nations se dessine, selon les règles établies pour cela par les nations elles-mêmes (unanimité ou majorité, corum indispensable, etc).

Défense et sécurité

La sécurité de la société écoocivique mondiale est assurée par une armée unique, sous le commandement d'un collège représentatif élu par la population au niveau des noeuds régionaux. Le rôle de cette armée sous contrôle démocratique est de s'interposer entre des populations qui voudraient en venir à l'affrontement, ou entre des populations et des groupes locaux d'influence qui les menaceraient (n'oublions pas que le type de gouvernement est libre pour chaque commune et pour chaque noeud, ainsi qu'au sein de chaque nation).

Globalement, le contrat moral interdit les armées et la recherche sur les armements, mais il suffit parfois de bâtons et de couteaux pour provoquer un génocide (voir le triste cas du Rwanda). Aussi une force d'interposition, équipée en conséquence, doit elle demeurer pour limiter ce risque.

La sécurité civile, de son côté, est assurée par les communes sur leur territoire, et, au niveau des noeuds, par un réseau de surveillance du crime qui collabore avec les agents communaux. Là encore, le recours à la violence est limité, en particulier par l'élimination aussi poussée que possible des armes léthales. Les noeuds qui forment une nation peuvent décider de la mise en commun de leurs ressources en la matière, et former des polices nationales, mais pas d'armée, puisque l'attaque leur est interdite, et que la défense est assurée, au cas pas cas, par l'armée globale.

Justice

La justice se rend au niveau du noeud ou de la nation, selon des codes inspiré des droits nationaux et internationaux actuels, et refondus en un code global de justice. Le droit de chaque noeud est par définition le droit global, et seule des nations peuvent fonder leur propre codes civil et pénal, à la condition de ne pas y introduire d'articles contraires aux principes du droit global, en particulier en ce qui concerne les conditions de jugement ou les châtiments encourus (interdiction de la peine de mort et des châtiment mutilatoires, conditions de détention, droits de la défense, droit d'appel, constitution du dossier d'instruction, etc). En chacun de ses domaines, le droit global définit des règles a minima, libre ensuite à chaque nation d'amender ces règles, à la seule condition qu'elle ne puissent qu'adoucir les effets de la justice sur les accusés et condamnés (par exemple, si le châtiment le plus dur envisagé pour un crime donné est de trente ans de réclusion dans le droit global, une nation pourra décider de réduire ce châtiment maximal à vingt ans, mais ne pourra le passer à quarante).


Le système économique

L'écoomonétarisme




Définition

L'écoomonétarisme10 régit le fonctionnement financier de l'écoocivisme. C'est un système à monnaie effaçable par lequel on démontre qu'il n'y a nul besoin de capital pour produire. La monnaie ne doit plus être une marchandise négociable et payante, mais doit correspondre à tout moment à la production disponible sur les marchés. Elle doit être créée avec la création des richesses, et effacée lors de la consommation. Le jeu de création-effacement de la monnaie résulte en l'établissement d'un équilibre écoomonétaire, dont le but est de conserver en circulation au temps t exactement la masse monétaire nécessaire à l'achat de tous les biens et services disponibles au même temps t. La création monétaire intervient au prorata du temps de travail nécessaire à la production considérée, selon des règles strictes. Le prix de vente d'un bien représente la somme de monnaie créée pour sa production.




L'équilibre écoomonétaire

L'équilibre écoomonétaire résulte du jeu de la création et de l'effacement monétaires au cours du processus de production-consommation des biens et services possibles et souhaitables au sein de la société écoocivique. L'application au prix de vente d'un seul impôt général, l'écootaxe, participe à l'équilibre écoomonétaire, en permettant l'effacement de la monnaie créée pour les activités non commercialisables (services publics), et pour la solidarité économique.

Pour l'entreprise, la conséquence de l'équilibre écoomonétaire est qu'il ne doit pas y avoir paiement (effacement de monnaie) au cours du processus de création de la marchandise, que ce soit pour l'acquisition des fournitures ou pour le paiement des salaires. L'entreprise n'a donc pas de trésorerie, et ne paie donc pas ses fournisseurs ni ses employés. En conséquence, il n'y a pas besoin de capital (financier) d'investissement pour démarrer une entreprise; ces points seront repris et explicités en détail un peu plus loin.

En revanche, les prix des fournitures (= une représentation directe du temps de travail fourni pour les fabriquer), ainsi que le montant des salaires, sont additionnés pour former le prix de vente de la production. Ce prix reflète donc exactement la somme de travail qui a été nécessaire pour créer le produit. Le prix de vente ajouté par chaque entreprise du circuit de production correspond à une création monétaire intervenue au cours de la production pour rémunérer le travail. De ce fait, à la somme des prix de vente correspond exactement une somme de monnaie disponible pour la population. Cette monnaie sera effacée au moment où l'objet sera consommé, donc retirée de la masse des richesses disponibles.

La monnaie des salaires n'est pas distribuée par l'entreprise, mais créée directement sur le compte des employés par la structure idoine (ce peut être l'entreprise elle-même, une agence bancaire ou une banque centrale, peu importe: l'essentiel est d'en conserver une trace). La monnaie est donc directement disponible au sein de la population pour une consommation immédiate.




L'écootaxe

L'écootaxe n'est pas une simple TVA, pour deux raisons principales. Tout d'abord, son taux est modulable, plus ou moins élevé suivant le caractère de l'achat auquel elle s'applique, et elle va tendre à pénaliser les productions les moins favorables sociétalement (celles qui ont un bilan globalement plus faible sur les quatre capitaux), et au contraire favoriser les productions les plus sociétalement bénéfiques. L'écootaxe est donc un outil politique d'incitation mis à la disposition de la communauté.

Ensuite, l'écootaxe n'est pas perçue a priori, puis redistribuée pour fournir les salaires des fonctionnaires (nous avons évoqué plus haut qu'elle servait à effacer "la monnaie créée pour les activités non commercialisables (services publics), et pour la solidarité économique"). Elle est au contraire appliquée a posteriori à un taux moyen tel qu'elle vienne compenser exactement la monnaie créée pour les services publics, selon le principe que nous appelons "la monnaie précède la taxe". L'écootaxe ne sera donc jamais "trop peu perçue" pour assurer un service public de qualité; le montant "perçu" de l'écootaxe n'est donc pas une limitation à l'entreprise collective, tant et aussi longtemps que la production privée est suffisante pour absorber la charge fiscale ainsi créée.




L'écootaxe est le seul et unique impôt écoocivique.




La création de la richesse

L'écoocivisme considère que seul le travail fourni est important et crée la richesse, que ce soit le travail des hommes, des machines ou des robots, pour produire un bien, un service ou une aide, commercialisable ou non. De ce fait, la monnaie n'est pas une richesse en soi, mais une représentation symbolique de cette richesse. La monnaie n'est pas capitalisable, dans le sens où, créée gratuitement pour représenter une richesse, et effacée lors de la consommation de cette même richesse, elle ne peut donner lieu à une création monétaire secondaire (intérêt). L'épargne, bien que possible, n'est pas une condition nécessaire à l'assurance sur l'avenir, puisque le crédit est gratuit. Le prêt bancaire, ou hypothèque, est en réalité une avance sur la future création de richesse du débiteur, avance consentie en fonction des capacités du débiteur à créer cette richesse. Ainsi, le principe du travail créateur unique de la richesse est respecté.

La libération de la monnaie de l'intérêt permet de réduire considérablement la charge financière sur la production, et d'effacer une inégalité flagrante du mode de production capitaliste11.




Les revenus écoociviques





Les revenus écoociviques appartiennent à trois catégories:

-Les revenus d'activité: ce sont les revenus liés à une activité observée, créatrice de richesse, et consistant en la production d'un bien ou service proposé au public via la consommation individuelle ou via un service public. Le montant du revenu d'activité dépend de la qualité sociétale de l'activité, selon des modalités définies politiquement par la collectivité. Nous proposons ici une forme applicable de structure de choix du revenu (voir plus loin le paragraphe "L'échelle des salaires, relation entre temps/qualité du travail et niveau du revenu"), sans que cette proposition ne puisse être considérée comme unique ni obligatoire.

-Les allocations: ce sont des revenus attribués sur l'observation d'une activité créatrice d'une richesse sociale immédiate ou future. Les allocations peuvent concerner un très grand nombre de domaines, comme les études supérieures, l'éducation parentale, le soutien aux anciens, etc. Le travail passé donne aussi droit à une allocation de retraite.

-Le revenu solidaire, ou viatique: à chaque être humain, indépendamment de tout critère ou condition, est attribué une somme ou viatique, qui devra permettre de couvrir les besoins les plus essentiels de la vie, soit la nourriture saine et équilibrée, ainsi que le vêtement et le logement dans des conditions dignes.





Les revenus attribués à chaque personne sont cumulables, au prorata du temps consacré à chaque activité (par exemple un mi-temps de travail salarié choisi pour prendre plus de temps avec les enfants donnerait droit à une demie-allocation d'éducateur parental).

L'échelle des revenus est politiquement ajustée pour demeurer réduite et équitable.


Les caractéristiques fondamentales du viatique

L'écoocivisme postule que toute l'activité économique doit être à la fois marchande et solidaire. Le but de l'écoomonétarisme est donc de donner sans condition, par le viatique, accès au minimum vital à tous. Ceci implique une redistribution solidaire du pouvoir d'achat, dans le cadre du maintien de l'équilibre écoomonétaire. C'est là la base principale de la solidarité économique. La monnaie créée pour le viatique sera effacée dans le cadre de l'équilibre écoomonétaire, donc sur un mode global, via l'écootaxe, et selon le principe écoomonétaire "la monnaie précède la taxe".

Le viatique est une distribution de pouvoir d'achat confié définitivement par la collectivité à chacun de ses membres. Chaque groupe écoocivique décidera des règles et modalités d'attribution du viatique à ses membres, ainsi que son montant. Ce dernier est modulable car il dépend de l'activité générale du groupe et de son bilan écoomonétaire. En conséquence ultime, un groupe écoocivique qui ne travaille pas et ne produit rien, qui n'échange pas, sera incapable de donner de la valeur à sa monnaie et, in fine, incapable de distribuer le viatique.

Le viatique constitue un droit au sein d'une société à condition qu'il y ait production d'une richesse. Le viatique ne peut en aucun cas être source d'une société oisive. Ce qui fait la valeur de la monnaie créée pour le viatique est bien la capacité du groupe écoocivique dans son ensemble à effacer ensuite cette monnaie lors de la perception de l'écootaxe, à l'issue du processus de production, selon les règles de l'équilibre écoomonétaire général. Si l'activité économique est très ralentie, la charge fiscale sur chaque produit consommé sera énorme, ce qui fera imploser le système. Seule une société dynamique et créatrice de richesses (au sens des quatre capitaux ou de toute combinaison possible entre eux) sera à même de distribuer un viatique riche de sens.

La création du viatique établit une autorégulation du temps de travail en fonction du confort moyen demandé par la population; plus le temps d'activité diminue, plus la pression de l'écootaxe sur les prix à la vente augmente, du fait de la réduction de l'assiette du viatique. Ceci devrait inciter les citoyens à travailler, afin d'augmenter leurs revenus, et ce dès lors que le viatique ne permettra plus l'accès facile au confort minimal. A contrario, dès que le temps d'activité devient suffisamment long pour établir une large assiette au viatique, ce seul revenu permet de vivre dignement et peut-être confortablement, ce qui devrait inciter la population à travailler moins, évitant ainsi la surchauffe.




Les notions de solidarité et d'activité

En termes écoociviques, il est convenu que le mot solidarité désigne toute forme de travail occasionnel non salarié, tandis que la mot activité désigne exclusivement le travail salarié.

La solidarité écoocivique, encouragée et respectée, jouit de la plus grande liberté. Elle participe de la solidarité active naturelle due entre membres de collectivités familiales, locales ou électives. Si la solidarité ordinaire est naturellement liée au devoir de solidarité sociétale, elle est assortie du droit à un revenu social universel, le viatique. La solidarité s'exerce librement et aussi, au choix, sous des formes plus organisées, plus formelles, dans le bénévolat, l'entraide, le secourisme, la formation, le bricolage, la production artistique, etc. La solidarité peut être rémunérée dans un cadre réglementaire (allocation), ou de personne à personne, ou encore être pratiquée de façon bénévole et gratuite.





L'échelle des salaires, relation entre temps/qualité du travail et niveau du revenu

Le remerciement horaire réel obtenu par une personne dépend d'une série de critères, qui décrivent exhaustivement la qualité sociétale du travail fourni, en relation avec l'effet de l'activité encourue sur les quatre capitaux naturel, humains, social et construit. Nous proposons ici une méthode possible, dans laquelle les points considérés sont les suivants:

une échelle (0 à 100 %) d'utilité écosociétale, tenant compte des impacts écologiques et sociétaux des travaux et produits, telle que le niveau croisse avec l'utilité écosociétale et que 50 % corresponde à la moyenne des travaux et produits.

une échelle (0 à 100 %) de pénibilité / dangerosité du travail, telle que le niveau croisse avec la pénibilité / dangerosité et que 50 % corresponde à la moyenne des travaux.

A ces deux facteurs évalués démocratiquement s'ajoutent deux facteurs évalués statistiquement par les instances écosociétales, au niveau des noeuds régionaux:

la productivité / efficacité du travailleur (ou de son entreprise) estimée statistiquement sur une échelle de 0 à 100 % telle que le niveau croisse avec la productivité / efficacité et que 50 % corresponde à la moyenne des productivités / efficacités.

les besoins locaux pour ce travail ou ce produit, estimé statistiquement sur une échelle de 0 à 100 % telle que le niveau croisse avec l'ampleur des besoins locaux et que 50 % corresponde à la moyenne des travaux et produits.

A ces 4 facteurs évalués collectivement se rajoutent deux facteurs évalués personnellement:

sur une échelle subjective (0 à 100 %) l'opinion du travailleur sur son travail / son produit (on lui recommande d'ajuster son échelle de façon telle que 50 % corresponde à la moyenne des travaux / produits des autres travailleurs dans ce domaine).

sur une échelle subjective (0 à 100 %) la moyenne des opinions des clients / consommateurs sur le travail / produit (on leur recommande d'ajuster leur échelle de façon que 50 % corresponde à la moyenne des travaux / produits qu'ils acquièrent).

On prend pour chaque personne le produit de ces 6 critères, et on établit la distribution statistique des critères dans la population. La distribution est alors normalisée de telle sorte que sa moyenne soit de 10 et son maximum de 30. Cela signifie que le revenu horaire moyen sera de 10 unités monétaires, et que le revenu horaire maximum sera de 30 unités monétaires. Le revenu minimum théorique est de zéro, mais il faudrait pour cela que la personne ait eu six critères à zéro, ce qui devrait fortement l'inciter à changer de métier...

Le lecteur trouvera en annexe 1 le détail des calculs utilisés pour normaliser les critères et établir le niveau exact de revenu de chacun en fonction de son produit de critères.





La monnaie: nature et mouvements

L'écoocivisme a choisi pour nommer sa monnaie le mot "MERCI". En effet, si l'on considère que la monnaie est créée directement sur le compte du travailleur ou de tout autre producteur de richesse sociétale, on peut comprendre que c'est la société tout entière qui remercie le créateur de richesse. Le "MERCI" est une monnaie expérimentale, effaçable, propre aux groupes et au mouvement écoociviques, monnaie adoptée au cours de la transition démocratique vers l'écoocivisme.

1 MERCI est créé pour six minutes d'activité au salaire moyen.

10 MERCIS constituent donc la rémunération de l'heure ouvrée au salaire moyen.

Ces valeurs sont arbitraires, mais se fondent sur l'observation que le gain horaire de 10 MERCIS permet de faciliter les calculs de revenus, tout en évitant d'avoir à s'embarrasser de sous-unités monétaires inférieures au centième de MERCI.

Le MERCI ne circule pas réellement. L'écoomonnaie n'est pas une monnaie-marchandise qui peut être empruntée ou revendue. La monnaie écoocivique, créée par le viatique, le salaire ou l'allocation sur le compte écoocivique de chaque citoyen, y demeure disponible jusqu'à ce qu'elle soit effacée au moment d'un achat effectué par le titulaire du compte.

Dès la naissance, tout citoyen membre d'une communauté écoocivique instituée bénéficie de l'ouverture d'un compte personnel propre à être crédité et débité dans le cadre écoomonétaire. Ce compte perçoit salaire, viatique et allocation. L'écoomonnaie est effacée automatiquement du compte personnel lors de chaque achat de bien ou de services commercialisés sur le marché public. Le compte personnel s'éteint au décès du titulaire. Il est alors procédé par les ayant-droits à l'apurement du compte dans le cadre réglementaire en vigueur, et selon les engagements liés à ce compte et pris par le titulaire défunt. Il n'y a donc pas lieu de rendre de l'écoomonnaie à la collectivité, mais simplement apurement du solde avant fermeture du compte de manière à maintenir l'écoomonnaie dans le circuit économique courant.

Bien que rien n'empêche en outre de transférer de la monnaie d'un compte à un autre sur ordre du titulaire, en échange d'un service, pour un dédommagement, ou simplement pour un don solidaire entre membres d'une communauté familiale ou élective, il semble actuellement se dégager une majorité au sein du GRESSO pour affirmer que de telles pratiques sont potentiellement dangereuses en ceci qu'elle permettraient de détourner le système écoomonétaire vers les plus profonds travers du capitalisme, à savoir le prêt à taux usurier, le racket ou encore le recel de ventes frauduleuses, ainsi que la spéculation sur l'achat-revente d'objets uniques (oeuvres d'arts, artefacts archéologiques, etc). Par suite, dans l'expérience d'application tentée par le GRESSO12, il est impossible de transférer de la monnaie d'un compte à l'autre. Sans l'interdire formellement, le GRESSO déconseille fortement aux communautés intéressées à utiliser un système écoomonétaire de pratiquer l'échange de compte à compte.

Principes de la production artisanale et industrielle





La liberté d'entreprendre

Au sein de l'écoocivisme, et bien que le système prône la gestion commune des ressources et dispose d'outils puissants pour inciter les producteurs à rechercher des marchés plus sociétaux, l'entreprise est totalement libre, tant et aussi longtemps que la production envisagée correspondra à un besoin de la population. En effet, le but de l'entreprise écoocivique n'est pas de vendre n'importe quoi à n'importe quel prix, mais bien de satisfaire un besoin réel de la population, dans les conditions les plus avantageuses possibles pour la société. Il est donc possible d'entreprendre avec succès toute production qui serait susceptible d'être consommée par la population, sachant que l'organisation de l'entreprise est faite de telle sorte que si la production engagée n'est pas écoulée, le salaire des employés va baisser, et le prix de vente augmenter par ajustement vers le haut de l'écootaxe, ce qui réduira dramatiquement les ventes, tout en incitant les employés à quitter leur poste (ce qui est réalisable sans peine pour eux, puisque l'attribution du viatique leur permet de vivre sans salaire pendant une période sans emploi). Entreprendre une production inique est donc toujours possible, mais si la population ressent cette production comme une agression, l'entreprise est vouée à l'échec.

Toute personne douée d'une ou plusieurs compétences peut donc immédiatement initier une production, sans autre formalité que la déclaration de création de l'entreprise et son enregistrement dans les bases de données de la gestion écoomonétaire. Puisqu'il n'y a pas besoin de capital financier d'investissement, une petite entreprise peut démarrer immédiatement, en commandant auprès des fournisseurs qu'elle se choisit les fournitures dont elle a besoin, puis en trouvant un débouché à ses produits. En cas de non vente, la sanction est immédiate pour l'entreprise, qui devra soit se reconvertir ou se diversifier, soit fermer. Dans tous les cas, comme il n'y a pas eu investissement, il n'y a rien à rembourser à proprement parler, sauf que tous les actifs de l'entreprise doivent retourner sur le marché où ils ont été commandés, afin de ne pas perturber l'équilibre écoomonétaire: l'entreprise est donc liquidée au prix de ses actifs. Si un passif existe, comme par exemple une masse salariale créée pour le travail des employés, mais pas compensée par des ventes, le maximum possible est compensé par la revente des produits invendus, tels quels ou en "sous produits", et le reste est absorbé par l'équilibre écoomonétaire général, via l'écootaxe. Ainsi, la société tout entière est solidaire de l'entreprise défaillante, et "absorbe" les mauvaises entreprises, comme le corps humain "absorbe" et détruit les cellules malsaines et les corps étrangers. Le versement, inchangé, du viatique aux employés privés d'emploi évite le recours à un système d'assurance chômage, et permet à ceux-ci de passer sans douleur la période entre la perte d'activité et le retour à l'emploi. La société écoocivique accompagne donc très en douceur les entreprises, et favorise la prise de risque et l'innovation, ainsi que la mobilité et l'émulation. De ce fait, un entrepreneur peut prendre des risques pour son entreprise sans risquer de se trouver lui-même, ou sa famille, en difficulté en cas d'échec. L'entreprise écoocivique est donc finalement plus libre et innovante que l'entreprise capitaliste; oserions-nous même dire que l'écoocivisme est, de ce point de vue, plus libéral que le libéralisme?





La création de l'entreprise

Lors de la création d'une entreprise écoocivique, une simple déclaration suffit en général, comportant le nom et l'objet de l'entreprise ainsi que les noms des personnes participantes, parmi lesquelles au moins un gérant responsable de la création des salaires. L'entreprise est domiciliée, et elle peut immédiatement commencer ses activités.

Dans le cas d'entreprises importantes, nécessitant des outillages lourds ou des infrastructures spécifiques, un dossier prévisionnel doit être créé, et déposé devant les instances compétentes, afin d'obtenir une dotation, correspondant dans le capitalisme au capital d'investissement.

N'avons nous pas dit que l'entreprise n'avait pas besoin de capital pour démarrer? Certes, mais nous avons parlé de capital financier. Il n'empêche que toute entreprise a besoin d'outils pour travailler, et que ces outils représentent un capital matériel, qui existe forcément en quantité finie au sein de la société, et que celle-ci peut estimer que certaines activités lui sont plus nécessaires que d'autres, et ainsi réserver certaines catégories de matériel ou d'infrastructures pour des activités primordiales (par exemple, un appareil d'IRM sera sans doute favorisé comme destination de gros aimants supraconducteurs, par rapport à une application dans le développement de gadgets ludiques). Dans le cas de petites entreprises, c'est le marché et la satisfaction des clients qui décideront si une entreprise doit conserver ses outils ou les rendre, par le jeu de la sanction économique. Dans le cas d'entreprises de taille industrielle, la société conserve, à travers des groupes sous contrôle démocratique, un droit de regard sur la création et le développement de l'entreprise. La société peut ainsi limiter le capital construit confié à une entreprise, selon l'estimation de la pertinence du projet, tel que présenté par ses promoteurs.

En fonction du projet présenté, les instances compétentes au sein du groupe écoocivique accordent une dotation prévisionnelle à l'entreprise, sous la forme d'un calendrier d'acquisition de l'outil de production et des infrastructures nécessaire à l'exploitation.

Le système des dotations remplace définitivement le recours à l'investissement financier capitaliste, et base ses décisions sur l'analyse exhaustive du marché de la production envisagée, et de l'effet de celle-ci sur les quatre capitaux au niveau local et régional. Pour les grosses industries consommatrices de ressources et/ou génératrices de nuisances, un plan à plus vaste échelle peut être défini par concertation entre groupes écoociviques voisins, afin de limiter les effets de redondance et le gaspillage. De la même manière, des pôles industriels pourront être planifiés, selon le degré de compatibilité ou de complémentarité des industries (par exemple, une papeterie, grosse consommatrice d'eau chaude, sera préférentiellement dotée, si elle décide de se placer près d'une usine générant un important flux d'eau chaude comme "déchet", par exemple une centrale électrique ou un laminoir).

Dans tous les cas, les règles de la gouvernance écoocivique s'appliqueront, et en particulier le fait que la production locale à partir de ressources locales devra toujours être favorisée, sauf à prouver un bénéfice certain par économie d'échelle (c'est le cas des très grosses industries évoquées ci-dessus).

Comment décider dès lors si une entreprise doit proposer un dossier de dotation ou non? De ce point de vue, c'est très certainement la pratique qui, au sein de chaque communauté écoocivique, décidera du seuil d'investissement en capital matériel au delà duquel il est nécessaire que la communauté ait un droit de regard. Ce seuil variera d'un groupe à l'autre en fonction de son dynamisme économique, sachant que plus les entreprises viables sont nombreuses, plus l'activité économique est florissante, et plus le groupe peut se permettre d'encaisser des fermetures avec de forts passifs sans souffrir. Un tel groupe sera donc susceptible de rehausser significativement le seuil d'investissement nécessitant une demande de dotation, ce qui lui permettra par là même de de favoriser l'innovation et la prise de risque.


L'organisation de l'entreprise

Selon le type et la taille de l'entreprise, il peut y avoir diverses formes d'organisation. Toutefois, le but de l'entreprise écosociétale étant avant tout de donner une activité enrichissante à ses travailleurs et de satisfaire un besoin réel de la population locale, il est certain que l'essentiel de l'activité écoocivique se fera au sein de PME-PMI, et par des entreprises artisanales et familiales.

Au sein de l'entreprise autre que artisanale familiale et/ou mono-employé, il existe une hiérarchie, démocratiquement établie et acceptée, aussi peu pyramidale que possible afin d'éviter la rétention d'information et donc le blocage de l'efficacité d'action collective. Au dessus, il y aura toujours un cercle restreint de collaborateurs chargé de gérer l'entreprise à travers les évolutions techniques et conjoncturelles (le conseil d'administration). En dessous, il y aura les acteurs de l'entreprise, informés des décisions du conseil d'administration, et appelés à collaborer avec celui-ci pour atteindre aux objectifs définis. Les collaborateurs auront toujours un droit de regard, et éventuellement de blocage, sur les décisions du conseil, afin d'éviter toute dérive vers une position d'agressivité de l'entreprise vis-à-vis de la société.

Les collaborateurs de l'entreprise ont bien sûr toute liberté de réunion et de syndicat. Rappelons également que les conditions d'emploi sont très libres, et que tout employé qui ne serait plus d'accord avec la politique du conseil d'administration pourrait sans peine quitter son poste et chercher fortune ailleurs. Le viatique permet d'enlever aux entreprises le chantage à l'emploi comme moyen de pression, et permet de replacer l'entreprise en tant que lieu de coopération entre "employés" et "patrons", avec tous un objectif commun à atteindre, objectif librement proposé, discuté et accepté par toutes les parties. L'organisation de l'entreprise doit donc favoriser la discussion et la coopération plutôt que le rapport de force entre un pôle "patronal" habité du désir de rentabilité et un pôle "syndical" désireux de meilleures conditions de vie et de travail. L'entreprise écoocivique est une structure au service de la société, et les premiers concernés sont ses acteurs, qu'ils soit gestionnaires ou ouvriers. La conception même du travail doit être revisité, en tant non plus que moyen obligatoire de subsistance, mais en tant que moyen d'accomplissement personnel par une activité librement consentie et épanouissante. Les machines sont là pour réaliser les tâches les plus rébarbatives, et le travail humain doit être le plus "noble" possible, et se concentrer dans les domaines de la connaissance, de la création, de l'artisanat dit "d'art". Les métiers manuels créatifs doivent être remis à l'honneur, afin de donner à chaque être humain la possibilité d'exprimer son potentiel au service de la communauté. Il faut en finir avec les emplois de survie à la chaîne, où des hommes et des femmes sous-payés sont transformés à bon compte en robots visseurs, écorcheurs ou couturiers. Laissons la production de masse aux industries lourdes transformatrices, et regagnons, village par village, quartier par quartier, nos commerces artisanaux.





Le circuit des valeurs dans l'entreprise

Au sein de l'entreprise, la monnaie ne circule pas, puisque l'entreprise ne paye pas ses fournitures, qu'elle ne vend pas ses produits et qu'elle ne paye pas ses employés. Cela n'empêche pas que des produits possédant une certaine contre-valeur en monnaie entrent dans l'entreprise, y sont transformés par un travail générateur de monnaie supplémentaire (les salaires créés pour les employés), puis sortent de l'entreprise.

Un circuit des valeurs s'établit donc, qui doit respecter l'équilibre écoomonétaire, ce qui veut dire que la somme des valeurs des fournitures entrantes plus la somme des salaires créés doit être égale à la somme des prix de vente des produits fabriqués. Cet équilibre serait facile à établir s'il s'agissait simplement de recevoir des matières premières et de les transformer à la main pour en faire des produits semi-finis ou finis, puisque dans ce cas, le prix de vente est égal au prix initial plus le salaire créé pour le travail des employés. Malheureusement, une entreprise utilise des outils, mais aussi des fournitures qui ne se retrouvent pas dans les produits finis, comme du papier pour son administration, des ordinateurs de comptabilité ou de l'énergie pour l'éclairage et le chauffage. Tout l'art du gestionnaire de l'entreprise écoocivique est donc de trouver le juste équilibre dans le report de ses frais réels sur le prix de vente, ainsi que la fraction d'amortissement de ses outils reporté sur chaque item de chaque produit fabriqué.

Rappelons ici que le but de l'entreprise écoocivique n'est pas de vendre n'importe quoi à tout prix, mais bien de satisfaire un besoin réel de la population, dans les conditions les plus avantageuses possibles pour la société. Cela veut dire que des écarts à l'équilibre sont possibles, en positif ou en négatif, tant que ces écarts ne sont pas systématiques, ni trop importants. Ainsi, une entreprise qui produit sur la durée une quantité à peu près constante d'une gamme stable de produits devrait trouver facilement un équilibre satisfaisant. Une telle entreprise est un cas typique d'entreprise écoocivique, qui occupe une niche de marché stable, et satisfait sur la durée un besoin réel de la population environnante. Bien sûr, cette entreprise devra évoluer dans ses techniques de production si elle ne veut pas se faire supplanter par une entreprise concurrente qui démarrerait une production analogue avec des techniques plus performantes en termes de respects des quatre capitaux. De ce fait, l'immobilité de l'entreprise écoocivique n'est qu'apparente, et la liberté d'entreprendre est garante d'un dynamisme créatif et d'une vrai concurrence pour les meilleures technologies, ce qui devrait doper la recherche et la production des connaissances.





Le concept de "propriété collective de l'outil de production"

Comme nous l'avons vu au paragraphe précédent, l'entreprise écoocivique est totalement libre de sa production, dans le cadre d'un projet d'investissement en capital construit soutenu par la société tout entière. Le gérant, l'entrepreneur, le patron, peu importe le nom qu'on lui donne, est donc en mesure de prendre toutes les initiatives qui lui conviennent, exactement comme si les outils de l'entreprise appartenaient à l'entreprise, et donc finalement à lui, le décideur (ou le groupe décideur, dans le cas d'un conseil d'administration). Le concept de propriété collective de l'outil de production ne transparaît donc pas réellement dans les faits, sauf en cas de liquidation de l'entreprise, mais est une notion théorique, découlant d'un raisonnement logique au sein du système écoomonétaire.

En effet, comme l'entreprise ne paye pas ses outils ni ses fournitures, mais qu'elle en reporte le prix sur ses propres produits, et ainsi de suite jusqu'au consommateur final, c'est bel et bien le consommateur qui, morceau par morceau, va payer le prix des outils via son achat. Or, comme le consommateur, c'est tout le monde, nous en déduisons que c'est tout le monde qui paye les outils de l'entreprise. Donc c'est tout le monde, c'est à dire la société, qui est propriétaire de l'outil, pas l'entreprise.

Comme nous l'avons précisé plus haut, cet état théorique ne se ressent pas dans les faits, et l'entreprise est donc considérée comme "concessionnaire" de son outil de production, qu'elle doit gérer à son gré, mais en respectant autant que possible les principes de l'équilibre écoomonétaire (une entreprise capitaliste ne fait pas autrement en essayant de rester en vie dans un système de concurrence et de compétition régi par la "loi du marché"). En cas de cessation d'activité, les outils et le reste de l'actif sont rétrocédés à la communauté, qui les utilisera au mieux pour apurer les comptes de l'entreprise défaillante.

On voit donc par le raisonnement ci-dessus que la propriété collective des outils de production est une conséquence logique de la structure du système écoomonétaire, et non pas une volonté initiale de ses concepteurs. Ceci clôt donc le débat qui pourrait naître à propos de savoir si l'écoocivisme est une forme déguisé de collectivisme; la réponse est non, car c'est bien la liberté d'entreprendre qui prime et qui va décider ce qui est produit et en quelle quantité, pas la conséquence théorique du système à propos de la propriété collective de l'outil.





Les politiques d'orientation et d'incitation

L'écoocivisme dispose de trois outils puissants pour inciter les entreprises à proposer des produits et des services plus sociétaux. Le premier agit sur le coût du travail, le second sur le salaire des travailleurs, et le troisième sur le niveau de taxation du produit vendu. Concernant le premier outil, il s'agit du fait que les salaires sont tous normalisés en temps réel, en fonction des déclarations des employeurs et des travailleurs indépendants. La normalisation effectuée13 sur le montant du salaire réellement perçu par chacun fait que le salaire moyen est exactement de 10 Mercis par heure de travail. Ce même salaire moyen permet de calculer un prix de revient horaire de la main d'oeuvre qui est le même pour toutes les entreprises, quel que soit leur activité. Ainsi, le chantage au salaire et le dumping social ne sont plus des outils dans la main de l'entrepreneur, et toutes les productions sont sur un pied d'égalité face au consommateur.

Concernant le deuxième outil, nous avons vu plus haut qu'il existe une série d'indices (nous en proposons ici six, dans un cadre théorique, mais de nombreuses possibilités peuvent encore être explorées), qui vont définir le niveau de sociétalité de l'employé par rapport à son travail. Plus la personne occupe un poste dont l'action est sociétale, plus son revenu sera haut dans l'échelle des salaires. Etant donné que l'un des critères utilisé ici est la sociétalité globale de la production, si un reclassement de l'entreprise intervient, qui place celle-ci plus bas sur l'échelle sociétale, le salaire réel de l'employé diminuera. L'entreprise qui produit selon des méthodes peu sociétales aura donc plus de difficulté à recruter une personne donnée que l'entreprise voisine.

Le dernier outil est la taxation à taux variable. Nous proposons ici que, au sein de chaque grand secteur d'activité, il soit établi par une commission permanente à renouvellement partiel tous les trois ou cinq ans, un tableau des indices de sociétalité des productions du secteur, par exemple selon la technique employée, la nature et la quantité des matériaux utilisés, etc. Pour chaque produit proposé sur le marché, une grille permet de sélectionner une série pertinente d'indices, qui fourniront une évaluation globale de la sociétalité du produit.

Des critères internes seront aussi pris en compte, tels que le niveau de stock, la difficulté d'écouler ceux-ci à court ou moyen terme, la satisfaction générale des employés, les conditions d'hygiène et de sécurité au travail, etc. Cette série de critères "à l'interne" permettra l'application du principe de sanction immédiate contre une entreprise ne fournissant pas un service attendu par la population, ou le fournissant à des conditions sociétales mal ressenties par la population.

Nous proposons d'appliquer ici la même méthode que pour les salaires14, à savoir la normalisation de la distribution des produits des indices (ou du produit des compléments à 1 des indices, de façon à avoir un indice d'autant plus proche de zéro que le produit est plus sociétal). La valeur moyenne ciblée ici sera le taux moyen de l'écootaxe, calculé sur la base de l'activité économique projetée de l'exercice suivant, de telle sorte que l'équilibre monétaire soit respecté au cours de ce même exercice. La valeur maximale est définie par consensus national, et peut être de 2, 3 ou 10 fois le taux moyen.

Par ce jeu de taxation à taux variable normalisé, appliqué à une production dont le "coût de revient horaire" est le même pour toute main d'oeuvre employée, la société écoocivique permet de maintenir l'équilibre écoomonétaire tout en favorisant grandement les productions les plus sociétales.





La structure du système écoomonétaire

La monnaie électronique et le "Portefeuille d'Informations Personnelles"

Le système écoomonétaire est conçu en fonction des nouvelles technologies de l'information et des communications. Bien que des formes papier (carnets de bons, formules de chèque) puissent être envisagées dans les cas les plus difficiles (pays et régions sous-équipés en matériel informatique), la forme la plus facile et la plus sûre pour l'écoomonnaie est la forme électronique, tant qu'aucune catastrophe susceptible de démanteler le réseau des serveurs n'est en vue.

La gestion de la monnaie électronique dans la société écoocivique instituée fait la part belle à la mobilité, via l'usage généralisé de moyens de paiement électroniques communiquants, comme la carte à puce + terminal de vente, le téléphone cellulaire, mais surtout le Portefeuille d'Information Personnelles, dit PIP. Ce dernier outil permettrait de virtualiser en toute sécurité les permis, cartes et dossiers personnels, et de virtualiser de même la monnaie nationale ou bancaire, rendant ainsi les comptes en banque aussi faciles à utiliser que l'argent liquide. Autrement dit, le PIP est une forme améliorée de monnaie électronique facilitant la création collective et la gestion individuelle de monnaies libres fiable(s) et sûre(s).

Réunir ces trois fonctionnalités en un seul outil permet de créer une situation gagnant-gagnant entre les quatre partenaires économiques: les autorités (au niveau des communes, noeuds régionaux et nations écoociviques), les institutions bancaires, les commerçants et les citoyens, tout en facilitant le déploiement de solutions alternatives aux problèmes créés par le système monétaire actuel. Un descriptif détaillé d'un projet de PIP est présenté en annexe 3.




La gestion décentralisée de l'équilibre écoomonétaire

Etant donné que l'écoomonnaie est électronique, et que toutes les transactions se font par l'intermédiaire d'un appareil informatique, il est évident que tous les échanges sont traçables, et que toutes les informations non-nominatives peuvent être utilisées pour les besoins statistiques propres à la gestion de l'équilibre écoomonétaire. Les gestionnaires de l'équilibre auront besoin en particulier de connaître les temps de travail, la somme de monnaie créée pour le rémunérer, les sommes de monnaies détruites pour l'achat des biens et services à la consommation, le montant détruit par l'écootaxe, les niveaux de revenus, etc, etc. Toutes ces informations peuvent parfaitement être traitées de manière automatique par des systèmes informatiques, car les relations mathématiques entre les différents pôles du circuit écoomonétaire sont très simple: des plus, des moins, et quelques paramètres à calculer pour faire un total de zéro.

De ce fait, la gestion de l'équilibre écoomonétaire peut se faire de manière tout à fait transparente pour le citoyen, automatiquement, et dans le complet respect de la vie privée. De plus, le traitement automatique des données statistiques, en rendant inutile la centralisation vers un organisme vérificateur, permet la gestion totalement décentralisée de l'équilibre. En effet, nous imaginons une structure en réseau fermé, illimité, dont chaque noeud (représenté physiquement par un serveur régional de données) est le centre d'une fenêtre incluant une ou plusieurs couronnes concentriques de serveurs voisins. Les couronnes successives sont consultées, et leurs données prises en compte, pour calculer les paramètres de l'équilibre écoomonétaire de chaque serveur, avec d'autant moins de poids qu'elles sont physiquement plus éloignées. Une telle architecture permet de prendre en compte les conditions économiques des régions voisines, sans considérer avec trop de poids les conditions plus lointaines, éventuellement plus contrastées. L'application de ce principe de la "fenêtre glissante" mène à la coexistence pacifique, sur l'ensemble de la planète, de réalités économiques différentes, tout en atténuant les contrastes les plus forts, générateurs de déséquilibres (un principe physique bien connu, et applicable à de très nombreux domaines, y compris l'économie ou les déplacements humains, est que des flux importants s'établissent toujours selon les gradients les plus élevés).

Un autre avantage de la gestion décentralisée est que le contrôle sur la gestion est lui aussi décentralisé. Ainsi, il n'est pas possible qu'un groupe ou une entité prenne le contrôle de l'ensemble du réseau, et la veille démocratique sur les conditions de l'équilibre écoomonétaire se fait région par région, serveur par serveur, avec éventuellement des dispositifs d'alerte en cas de dérive d'un serveur par rapport à ses voisins. Avec l'écoomonétarisme, l'économie est enfin débarrassé des fantasmes du pouvoir qui lui sont associés, et mise hors de portée des loups et des requins, pour devenir un outil au service des peuples et de leur bien-être. Un outil qui se résume, pour la partie gestion des valeurs monétaires, à un programme informatique auto-géré, contrôlé par une veille démocratiquement établie. Débarrassés de l'angoisse de la gestion monétaire, avec son cortège de comportements prédateurs, avares et mesquins, les Hommes peuvent enfin se consacrer au contenu de l'activité économique (la nature et l'effet du travail) plutôt qu'à sa traduction symbolique (la monnaie), et ainsi donner plus de place à l'Etre qu'à l'Avoir.

La gestion des ressources

La gestion des ressources primaires

Ressources épuisables ou difficilement renouvelables

L'écoocivisme propose que les ressources épuisables ou difficilement renouvelables soient gérées au niveau mondial par des conseils supra-nationaux, dans l'optique d'octroyer ces ressources en priorité aux industries indispensables qui font preuve de parcimonie dans l'usage des dites ressources. Ainsi, il devient quasiment impossible d'utiliser le pétrole qui reste pour le brûler dans nos moteurs, sachant que des solutions existent pour rouler autrement qu'avec du pétrole, et que ce produit nous est bien plus précieux en tant que base de la pétrochimie. En effet, le pétrole sert pour fabriquer tant et tant d'objets plus indispensable que du carburant, pour lesquels il ne peut être remplacé. C'est le cas de nombreux médicaments, de toutes les matières plastiques, etc. Nous n'avons pas ici l'ambition de redéfinir les usages du pétrole, mais en ces années de "peak oil"15, il nous semble important de rappeler que l'une des ressources les plus précieuses que porte notre planète est en passe d'être dilapidée sans raison, en nous octroyant au passage un risque climatique majeur.

Il en va de même pour tous les matériaux que notre Terre porte en son sein, et qui sont des éléments indispensables de certaines technologies qui peuvent nous apporter beaucoup de bien-être, mais que l'on gaspille aujourd'hui pour fabriquer des gadgets inutiles. Pensons entre autres aux métaux rares qui nous utilisons à outrance dans des bidules électroniques sans valeur, alors qu'il sont indispensables à la réalisation de vraies autoroutes de l'information, et à la création de véritables moyens de communication. Nous pensons que le développement du transport d'information est une des clés de notre avenir, car en permettant le transfert rapide et sûr des informations, on évite de transporter le support de l'information, et on évite parfois de transporter des matériaux d'un point à un autre, tandis que d'autres à côté font la même chose dans l'autre sens. Le transport d'information est un des plus puissant moyen de gérer un système complexe avec un minimum d'énergie, et c'est exactement ce que fait notre propre système endocrinien, qui avec quelques milligrammes de matière (les hormones) et un peu d'énergie (l'influx nerveux) réussi à maintenir en équilibre homéostatique toutes les fonctions de notre organisme.

Enfin, il est établit que, dans l'écoocivisme institué, l'ensemble des ressources non renouvelables font l'objet de mesures systématiques de recyclage. Ainsi, nous proposons que tout artefact qui comprend en son sein une part de matière première non renouvelable soit dès l'origine conçu en vue de récupérer cette matière. Il porte gravé en lui un code unique, permettant de retrouver dans les bases de données mondiales toutes ses caractéristiques, et surtout les instructions de démontage, la nature des éléments à récupérer, leur quantité, leur localisation, etc. Ces données sont ensuite couplées aux bases de données les plus récentes sur les traitements de recyclage, et l'objet est dirigé vers le centre le plus proche susceptible de le traiter avec efficacité.

Nous devons cesser de brûler tous nos objets en fin de vie, puis d'en enfouir les cendres sans tenir compte du fait que ces cendres (ou plus exactement "résidus d'incinération") contiennent souvent des métaux rares à des concentrations très supérieures aux limites actuelles d'exploitabilité des gisements naturels. Autrement dit, les résidus d'incinérations sont potentiellement des gisements poly-métalliques exploitables. L'écoocivisme contient en lui les fondements éthiques pour refuser totalement le "retour" à la nature de matériaux non biodégradables en un temps raisonnable, c'est à dire des matériaux dont le temps de résidence dans les milieux naturels constitue une menace pour l'avenir. Les structures écoociviques gestionnaires des problèmes environnementaux, fortement impliquées donc dans la gestion des ressources, mettent en avant les objectifs d'intégration des cycles de vie des artefacts humains aux grands cycles biogéochimiques de la planète.

L'écoocivisme se base pour gérer les ressources non renouvelables sur une discipline nouvelle, la géo-ingénierie, ou ingénierie planétaire, qui a pour vocation de décrypter les cycles naturels, et de chercher les moyens les plus sûrs d'y raccorder nos propres cycles, sans perturber au delà des seuils critiques aucun des cycles naturels. Cette discipline, et cette gestion, impliquent pour l'humanité de prendre conscience de la réalité de sa position sur Terre, à savoir que nous n'avons pour l'instant qu'une seule planète, et que nous ne pouvons pas la détruire, sous peine de mort. L'humanité doit prendre conscience des temps spécifiques des cycles planétaires de formation des ressources, et des temps de ses propres activités, et gérer en conséquence. Au final, nous devons apprendre à gérer les cycles de vie de certains artefacts qui sont supérieurs à la durée d'une vie humaine, et même pour certains sans doute supérieurs à la durée de vie de plusieurs générations (cas des installations nucléaires, mais aussi impact de nos milieux urbains en général, changements climatiques en cours, etc). L'humanité doit faire sien l'adage "Nous ne recevons pas la Terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants", et apprendre à faire "maintenant" en tenant compte de l'effet de "maintenant" sur la septième génération.

Les politiques de gestion des ressources primaires non renouvelables sont du ressort de l'organisme technocratique que nous avons évoqué plus haut, au chapitre de la structure de la société. L'ingénierie planétaire est l'outil principal utilisé par cet organisme pour justifier ses décisions. La variation au niveau global des coefficients de sociétalité des productions consommant les ressources primaires non renouvelables est son principal mode d'action.





Ressources renouvelables

La gestion des ressources renouvelables se fait au sein de l'écoocivisme dans le même respect que celle des ressources non-renouvelables. En particulier, l'ingénierie planétaire nous apprend quelles sont les limites de chaque ressource, ses temps spécifiques de renouvellement, le taux d'exploitabilité, les perturbations induites sur le milieu par la dérivation d'une fraction de la ressource vers l'anthroposphère16, les perturbations induites par le retour de la ressource usée dans le milieu naturel, etc. L'ingénierie planétaire nous guide aussi dans la manière de gérer les déchets de l'exploitation des ressources renouvelables, en nous apprenant où, sous quelle forme et en quelle quantité nos déchets sont le plus susceptible d'être absorbés et recyclés dans le milieu naturel sans dépassement des seuils de stabilité des grands cycles biogéochimiques.

Les ressources renouvelables principales comprennent l'eau, les sols agricoles, les ressources halieutiques, les forêts et autres espaces exploités à l'état semi-sauvage ou sauvage, ainsi que tout ce qui, une fois détruit par l'exploitation humaine, a des chances de revenir sans aide à son état initial en un temps raisonnable (disons, le temps d'une vie, ou "seulement" quelques siècles pour les ressources les plus lentes comme les forêts ou les nappes phréatiques profondes). L'eau, pour sa part, entre dans une catégorie spéciale, du fait de son importance primordiale pour la vie. Par suite, son cas peut être traité ici, mais aussi sous les rubriques "espace", "alimentation", et "santé". Espace, car la gestion de l'espace doit tenir compte des impacts des activités engagées sur la ressource en eau (quantité et qualité), alimentation car l'eau potable est le complément indispensable à une nourriture saine et abondante, et santé car l'accès à l'eau potable est une des facteurs principaux de bonne santé (ou du moins, son absence est une des causes principales de l'existence de foyers épidémiques récurrents). La ressource en eau est donc une des plus importantes, celle pour laquelle un mode de gestion raisonnable et équitable doit être trouvé au plus vite. L'écoocivisme comporte donc une structure de gestion dédiée à l'eau, en relation étroite avec les domaines précités.

Enfin, il est évident que le simple bon sens et la gestion raisonnée des ressources appliquée partout au sein de la société écoocivique est déjà un grand pas dans la bonne direction, sans parler de techniques lointaines et impérieuses. Quand la majorité de la production agricole est tournée vers la production biologique ou raisonnée pour les besoins essentiellement locaux, nous avons déjà fait un gros progrès, et il n'est pas pour cela besoin de connaître les cycles biogéochimiques du carbone, de l'azote et de l'oxygène. Les principes de culture de la "Terre Vivante" exposés par Pierre Rahbi17 et quelques autres suffisent à partir dans le bon sens.

Ici encore, l'organisme technocratique planétaire intervient, mais cette fois en plus profonde synergie avec les niveaux locaux, et surtout par l'intermédiaire de son réseau de collecte d'informations, qui est mis à la disposition des décideurs locaux. Il assure aussi une mission d'expertise, d'accompagnement et de conseil. En effet, la réalité d'une ressource renouvelable n'est pas la même partout, et sa gestion doit surtout prendre en compte les caractéristiques locales de la ressource; pensons à l'eau, qui ne peut pas être gérée de la même manière en Irlande et dans le Sahel, et donc l'organisme technocratique ne peut pas imposer les mêmes critères de gestion de l'eau aux Irlandais et aux Maliens.





Espace

Une des ressources majeures de notre civilisation est l'espace, au sens de la surface occupée au sol; l'espace péri-terrestre et au delà n'est pas considéré ici, car trop marginalement accessible pour constituer aujourd'hui une véritable ressource, encore que de la façon dont nous l'encombrons de débris variés, nous risquons d'obérer les efforts des générations futures pour coloniser les alentours de la Terre, puisque ces débris nombreux constituent déjà un vrai risque pour tout objet circulant en orbite basse. L'espace sur notre planète est limité, au regard des conditions de vie qui nous sont favorables. En effet, une fois enlevées les surfaces de l'océan, des hautes montagne et des déserts, il ne reste plus tant que cela de terres accueillantes capables de subvenir aux besoins alimentaires d'une forte densité de population. De plus, la pression démographique actuellement croissante, et l'extension urbaine associée, font considérablement augmenter notre emprise sur les terres "utiles", rarement dans le sens d'une meilleure utilisation ou d'une moindre dégradation des milieux.

L'écoocivisme propose de gérer l'espace disponible comme une ressource non renouvelable. Sachant que l'objectif principal de toute activité est de réduire son propre impact sur les cycles naturels, les infrastructures urbaines doivent devenir réellement durables, et donc leur emprise sur l'espace doit se concevoir comme étant quasi définitive. A partir de là, la gestion de l'espace, et sa répartition entre les différents pôles d'activité humaine (culture, habitat, industrie, exploitation de ressources naturelles) doivent être soigneusement pesées, car les choix d'aujourd'hui guident ceux de l'avenir. L'écoocivisme est donc créateur et gestionnaire d'un plan global d'occupation de l'espace, qui tient compte de prospectives à long terme, comme l'évolution de la population, la modification des sols agricoles avec l'exploitation, les programmes de restauration et d'exploitation raisonnée des grands massifs forestiers, les besoins industriels en matières premières, l'évolution de ces mêmes besoins et l'impact de l'industrie, de l'agriculture et de l'urbanisme sur les cycles biogéochimiques. Par exemple, avec le déclin possible, sinon probable, de la population mondiale après 2050-2100, suite à une dégradation des conditions environnementale ou à une élévation des conditions de vie (entraînant une baisse de la mortalité infantile, et l'instauration de systèmes de retraite et de vie au grand âge ne reposant pas sur les seuls descendants directs d'un couple donné), il y aura un retour de grandes étendues de banlieues à la nature. L'écoocivisme doit prendre ce fait en compte, et commencer dès maintenant à penser à l'usage qui sera fait des espaces ainsi libérés (par exemple, éclater l'habitat urbain, et répartir l'espace libéré au sein des villes, pour favoriser la production locale de vivres et réduire les transports, ou bien concentrer l'habitat autour des centres actuels et développer l'agriculture sur les banlieues abandonnées).

Là encore, l'organisme technocratique apporte soutien et conseil aux groupes locaux, pour coordonner au mieux l'utilisation de l'espace, et pour limiter l'emprise des infrastructures les plus dommageables à l'environnement.

La gestion des ressources primordiales

A: les ressources physiques

Alimentation

L'alimentation est la première ressource dont la gestion inique mène actuellement à des catastrophes humanitaires d'ampleur génocidaire. Comment en sommes-nous arrivés, par exemple, à voir des paysans sans terre mourir de faim dans des pays exportateurs de coton ou de café? Comment en sommes-nous arrivés à détruire des stocks de céréales pour maintenir des cours artificiels, ou encore à geler des terres arables, quand 800 millions d'êtres humains souffrent de sous-nutrition chronique18? L'accès sans condition à une nourriture saine et variée pour tous les êtres humains est un des principaux objectifs de l'écoocivisme, un objectif qui sous-tend l'instauration et le respect du droit à la vie digne et paisible sur le sol de son choix pour chacun d'entre nous. Pour y parvenir, les instances écoocivique en charge de la gestion des ressources et en particulier de l'espace, déterminent quelle fraction des terres d'une région peut être consacrée à des cultures non vivrières, destinées à des industries autres (café, coton, cacao, biocarburants, etc). Le principe de base étant que jamais une population donnée ne doit dépendre du produit du commerce de sa production agricole pour se nourrir. Autrement dit, l'objectif premier de la gestion des terres agricoles est l'auto-suffisance alimentaire des régions limitrophes.

Cette gestion est assurée au niveau communal et au niveau régional, le cas échéant avec l'aide des informations apportées par les agences de l'organisme technocratique. En particulier, le suivi des conditions naturelles au jour le jour, à l'aide des techniques modernes d'observation et de prévision, permet de gérer les crises locales, en reportant sur des régions non affectées la production nécessaire à telle ou telle population victime de conditions défavorables (sécheresse, attaque de ravageurs, etc). La seule alternative à ce plan d'auto-suffisance alimentaire région par région, est la gestion coordonnée au niveau mondial des cultures vivrières et industrielles, avec le risque de déclencher, par la monoculture extensive, des catastrophes phytosanitaires d'ampleur mondiale. Un risque qui ne peut être partiellement compensé que par un usage intensif des techniques les plus agressives pour l'environnement (réduction drastique de la bio-diversité, usage de pesticides, culture industrielle, organismes génétiquement modifiés, etc).

Sur la plan de la nature des cultures, l'écoocivisme prône le retour à une alimentation essentiellement végétale pour les humains. En effet, la filière de la production industrielle de viande est très énergivore, comporte des risques pour l'environnement (rejets massifs de déjections, antibiotiques, hormones féminisantes, etc), et constitue un risque majeur sur le plan épidémiologique, comme le prouvent les épizooties récurrentes de ces dernières années (vache folle, peste porcine, grippe aviaire,...), avec pour certaines des risques avérés pour les populations humaines. En outre, la production de viande consomme de trois à dix fois plus de calories d'origine végétale que ce qui est fourni en viande consommable. Réduire notre consommation de viande, c'est consommer nous même directement les calories végétales, et donc réduire le besoin impérieux de productivité des surfaces ensemencées. Par suite, la pression sur l'environnement agricole diminue, ce qui permet de réduire les apports de fertilisant, pesticides et autres produits toxiques. Enfin, l'homme ne pouvant se contenter de brouter de l'ensilage, réduire sa consommation de viande, c'est augmenter la demande de produits végétaux diversifiés, ce qui permet l'éclatement du parcellaire des cultures, et réduit d'autant les risques d'invasions de ravageurs. Encore une fois, ceci entraîne une baisse de l'emploi de pesticide, et donc réduit d'autant l'impact de l'agriculture sur l'environnement.

Bien évidemment, personne n'interdira la consommation de viande, mais sans doute qu'un éveil des populations à ces thématiques portera ses fruits rapidement, d'autant plus que le plaisir de consommer occasionnellement une viande de qualité est incomparablement supérieur à celui d'ingurgiter chaque jour sa triste ration de steak aux hormones19.





Santé

La santé entre directement dans le champ du capital humain. Le premier point en ce qui concerne la santé, c'est évidemment d'avoir accès sans condition à une nourriture saine et variée, et à l'eau potable. Ce point a été abordé ci-dessus. Le second point concerne l'accès aux soins médicaux. Il est évident que la santé ne doit pas être affaire de richesse personnelle, aussi l'écoocivisme se dote-t-il d'une médecine accessible, gérée selon un système de tickets modérateurs, voire gratuite pour tout le monde dès lors que le richesse produite par la communauté le permet. Au delà de l'aspect financier, l'accès physique aux soins est un facteur primordial de santé. En effet, il est reconnu que des personnes qui vivent loin des centres de soins attendent souvent qu'il soit trop tard pour consulter. A ce moment, le mal a évolué, parfois au point de devenir, hélas, incurable. L'écoocivisme propose donc d'utiliser les ressources humaines libérées du travail-survie obligatoire pour former un nombre conséquent de praticiens, et d'investir massivement dans la création et le maintien de centres de santé locaux. Ces centres ne sont pas isolés, mais restent en liaison permanente avec des réseaux de centres hospitaliers plus importants, et peuvent, par le biais du partage de l'information, bénéficier très rapidement des dernières avancées techniques et pratiques.

Le développement réel des autoroutes (libres) de l'information, souhaité par le projet écoocivique, rend effective la télémédecine, et fait que chaque patient en situation critique est assuré de trouver le concours du médecin le plus compétent pour son cas.

La formation de personnel soignant, inséré en milieu médicalisé ou au sein de la population générale, permet par ailleurs d'assurer un suivi de qualité directement auprès des patients.

Enfin, pour terminer cette rubrique sur un clin d'oeil, gageons que la réduction de la taille des centres médicaux est un facteur d'amélioration de la qualité culinaire des repas qui y sont servis.





La gestion des ressources primordiales

B: les ressources intellectuelles

Quiconque a visité Florence, où l'histoire se vit dans la rue, et où les arts et les sciences, protégés par des puissants ouverts au monde, ont donné en trois cent ans quelques unes des plus belles réalisations du monde (faut-il rappeler que Florence protégea Michel-Ange?, Donatello, Léonard de Vinci, Dante, Amerigo Vespucci, Machiavel, Galileo Galilei, dit Galilé, et tant d'autres que les rues de la ville ne suffisent même pas à les honorer tous?), se trouve pris de vertige en imaginant ce que serait notre monde si, par le miracle d'une économie de prospérité partagée, les arts, les sciences et la philosophie avaient de nouveau toute liberté pour s'exprimer et se rencontrer. Que deviendraient nos villes dans un système économique entièrement dédié au bien être matériel de chacun, et où par conséquent tout le monde pourrait s'adonner, selon ses désirs, à la pensée? Imaginez la Florence de la Renaissance, ou la Cordoue des rois Maures, transposées dans la science du XXIème siècle. Nul doute que, permettant et encourageant le développement des ressources intellectuelles et artistiques, les nations écoociviques, une fois établies, rayonneront sur le monde pour longtemps, et deviendront un phare, un exemple pour l'humanité.





Instruction

Il n'y a pas de liberté sans conscience du monde. Celle-ci est directement tributaire d'une instruction de qualité, ouverte, pluri-culturelle. La formation et l'instruction ne s'arrêtent pas avec l'entrée dans le monde du travail, et l'être humain peut, à tout âge, entreprendre une nouvelle formation, changer de voie ou même apprendre à lire. L'écoocivisme veut se doter d'un système éducatif ayant pour vocation non pas de formater des citoyens pour les insérer dans une société figée, mais bien d'apprendre à apprendre. L'instruction commence par des bases incompressibles d'apprentissage, qui donnent au jeune enfant les outils indispensables que sont la lecture, l'écriture et le calcul. Dans le même temps, et dans les années suivantes jusqu'à l'âge adulte, l'enfant est amené à réfléchir sur le monde et sur sa place dans le monde. Il est en particulier confronté à cette réalité: tous les hommes sont égaux, et aucune culture ou religion n'est supérieure à une autre. Les maîtres mots de la phase initiale de l'instruction sont "respect et tolérance".

Par la suite, tout être humain est encouragé, par des allocations disponibles sur demande, à entreprendre un voyage initiatique à la rencontre des autres cultures du monde. Ces voyages se font au long cours, pour une durée maximale de cinq ans, répartis par tranche de une année, tout au long de la vie de chaque individu (et cumulables sans interruption sur deux, trois, quatre ou cinq ans). Ce droit au voyage est une garantie que chacun peut, sans peine, accéder à la culture de l'autre. La garantie que tous les rêves des enfants ne seront pas perdus. C'est un droit, pas une obligation, mais expérimenter par soi-même sur le terrain le fait que tous les modes culturels sont valides est un facteur important de prise de conscience de la réalité de notre planète. Ces voyages se font sans l'aide de moyens de communication rapides (autrement dit, l'allocation ne prévoit pas les billets d'avion), mais à l'aide de moyens lents et conviviaux (bateaux, vélo, train, etc). Le but du voyage n'est pas de passer à toute vitesse d'un hôtel standardisé à un autre, mais de faire se rencontrer les cultures, en envoyant les personnes vivre, pour quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, la vie des autres, au sein des populations locales. L'allocation couvre les frais inhérents aux déplacements, au logement et à quelques achats de matériel. La vie domestique est toujours assurée par le viatique, que le voyageur conserve comme droit inaliénable. Le travail salarié n'est pas permis durant ces périodes, mais rien n'empêche le voyageur de participer bénévolement aux activités communautaires des populations rencontrées.

Enfin, au cours de sa carrière salariée, tout un chacun est encouragé à entreprendre des formations, et à améliorer ses compétences. Des facilités sont offertes pour favoriser l'élévation du niveau culturel et professionnel de la population, à tout âge. De la même manière que chacun est crédité à sa naissance d'un capital de cinq années sabbatiques pour la découverte du monde, chacun à le droit au cours de sa vie adulte (après la période de scolarité obligatoire) à cinq autres années de formation en tant que salarié en activité (ce qui exclut les années de formation supérieure initiale: la formation en instituts d'études supérieures sous le statut d'étudiant non salarié n'entame donc pas ce capital de cinq années de formation).





Connaissance / recherche

La plus grande richesse que l'homme puisse produire sans impact majeur sur l'environnement est la connaissance. L'exploration des frontières de la science est une aventure toujours renouvelée, et la levée du frein financier sur les besoins de la science permet à l'écoocivisme de devenir une civilisation de la connaissance. Qui sait ce que nous révélera de merveilles une physique disposant sans entrave des machines les plus puissantes? Que pourra pour nous tous une médecine riche de matériel, certes, mais aussi d'hommes et de femmes brillants, travaillant sans limitation budgétaire?

La libération de la connaissance est une des clés de voûte de l'écoocivisme. Libération non seulement des limitations budgétaires (puisqu'il suffit de créer la monnaie pour que les besoins soient comblés), mais aussi des limitations humaines (à travers l'accent mis sur la formation et par la libération des compétences jusqu'ici bafouées pour des raisons économiques), et surtout des limitations légales. En effet, l'écoocivisme est une société ouverte, au sein de laquelle la propriété intellectuelle ne représente pas un avantage compétitif, ni le brevet un atout décisif. La liberté d'entreprendre est garantie par le généralisation du mode "OpenSource"20 à tous les domaines de la créativité humaine. Le mode économique écoocivique est celui de la coopération, de l'émulation et du profit collectif, qui remplacent avantageusement nos actuels compétition, concurrence et profit personnel. L'innovation et la découverte écoociviques sont des biens communs de l'humanité, et la propriété intellectuelle réductrice est abolie.

Afin de favoriser cet état de fait, une entreprise qui innove en termes d'amélioration de la sociétalité de ses techniques de production doit révéler son innovation pour que sa production bénéficie de cette avancée (augmentation des salaires des employés, réduction de l'écootaxe sur la production). Ce faisant, elle dépose son avancée dans la corbeille commune de l'humanité, afin que toutes les entreprises qui utilisent des procédés voisins ou identiques puissent en profiter. L'avantage collectif est certain, et l'avantage particulier de l'entreprise innovante aussi, puisque durant le laps de temps au cours duquel ses "concurrents" n'auront pas encore mis en place l'avancée technique en question, ses employés auront bénéficié d'un avantage salarial sur ceux des autres entreprises du secteur.

En ce qui concerne la recherche fondamentale sur financement collectif (instituts universitaires, etc), la connaissance étant permise par de la monnaie détruite collectivement via l'écootaxe, elle appartient bien à la communauté, et ne saurait en aucun cas faire l'objet d'une exploitation pour un profit personnel. Le raisonnement est ici le même que celui qui mène à considérer que l'entreprise n'est pas propriétaire de son outil de production; le scientifique n'est pas propriétaire de la connaissance qu'il produit.





Information / média

Aucune société libre ne peut exister sans liberté d'informer. La théorie écoomonétaire prévoit l'existence d'un type particulier d'entreprise, appelé ESOdE, pour "entreprise Sans Obligation d'Equilibre". Le principe est simple; les ESOdE ont l'obligation de chercher l'équilibre, mais pas celle de l'atteindre. Autrement dit, elle cherchent à couvrir au mieux leur création monétaire par des ventes, et le reste est absorbé par l'ensemble de la collectivité via l'écootaxe. Ces entreprises comprennent entre autres les média et l'édition, y compris musicale et artistique.

Du point de vue des média, cela implique que la liberté d'édition est totale, celle d'informer aussi, et que les média ne dépendent ni de l'Etat ni d'investisseurs privés pour leur survie. Ils sont aussi affranchis du besoin d'annonceurs publicitaires. Leur indépendance est complète, et l'information qu'ils relaient peut donc être de qualité.

Il a été postulé par Yona Friedman21 que la mondialisation de l'information était en fait un recul pour l'évolution sociale, en ceci que l'information globale est uniformisée et standardisée afin de correspondre à la masse d'information moyenne recevable quotidiennement par un humain moyen (problème corrélatif à celui de l'accès); par suite, des milliers d'informations, d'innovations et d'idées ne sont tout simplement jamais exprimées à travers un médium. L'information continue globale est un leurre. Pour reprendre le texte d'une chanson, "plus on nous en dit, plus on ne sait rien"22. Toujours selon Friedman, la véritable information plurielle est liée à la possibilité de créer et diffuser des milliers de petites éditions d'information. Dans ce cas, certes, chacun ne connaît pas la totalité du contenu médiatique, mais toutes les idées nouvelles peuvent être exprimées, trouver une audience, et poursuivre leur diffusion (et ce d'autant plus que l'usage des licences de type "OpenSource" est plus large).

Le but de la politique écoocivique en matière de média est exactement dans l'axe de la pensée de Friedman, et l'écoocivisme veut se doter d'un réseau d'information riche et de qualité, au sein duquel chaque idée peut trouver à s'exprimer. Le modèle économique des ESOdE permet cela, en créant un système automatique de subvention à hauteur exacte des besoins de chaque entreprise de diffusion de l'information (mais aussi de la création artistique). Nous basons notre vision de l'avenir médiatique et artistique sur l'explosion de l'édition et des labels indépendants, ainsi que sur les oeuvres auto-produites et auto-diffusées.




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Créé par: AJH Dernière modification: Jeudi 07 de Août, 2008 15:55:03 CEST par AJH


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